21 novembre 2006
Rapport d'étape
Comme beaucoup de nouveaux adhérents, j’ai rejoins le PS avec pour objectif de peser dans la désignation du candidat à l’élection présidentielle. Peser, non par choix idéologique (comme pour un congrès), mais seulement pour gagner, face à la droite, et éviter au pays une nouvelle période de déréglementation encore plus libérale que la précédente. A cet effet, il me paraissait fondamental de ne pas renouveler l’erreur de l’année précédente, en faisant entendre au Parti la voix de son électorat. De ce point de vue, la mission est accomplie. Bien sûr, il va falloir transformer l’essai et continuer à soutenir notre candidate. Mais avant de réfléchir à la manière de poursuivre et d’amplifier notre combat, retournons-nous un instant pour mesurer le chemin parcouru.
Nous sommes l’arme au pied, prêts pour de nouvelles batailles, mais nous avons les oreilles encore pleines de la canonnade. Faut-il se réjouir que beaucoup considèrent que ce fut un bel exercice de démocratie interne, alors que nous savons bien qu’il s’est principalement agit d’une campagne de dénigrement systématique, sans précédent, et trop souvent indigne ? Et l’on pourrait redouter, à juste titre, que beaucoup des arguments vils et des méthodes déloyales utilisés contre Ségolène par ses concurrents soient aussitôt repris, d’abord par l’extrême gauche et puis, en fin de compte, par la droite elle-même. D’ailleurs il est palpable que la tentation existe bel et bien chez les uns et les autres.
Pourtant je suis optimiste. Puisque finalement ces arguments ont fait long feu, qu’ils sont désormais usés comme la corde, que pour tout dire, ils ont cessé d’être opérationnels. Du coup, ou bien ses adversaires et les médias qui les soutiennent tomberont dans le piège et reprendront à leur compte les mêmes litanies éculées, avec la même totale inefficacité que ses concurrents d’hier, ou bien il leur faudra trouver une autre stratégie, un nouvel angle d’attaque. Et là, je ne suis pas trop inquiet, car Ségolène a pris une bonne longueur d’avance, parce qu’elle a su se mettre en situation de répondre aux attentes de la plus grande partie du peuple français, ainsi que lui redonner l’espoir.
19 novembre 2006
Ségolène me parle de bonheur
par Léa Bluteau le 17-11-2006
(message posté sur le site Désirs d'Avenir)
"Je suis en larmes ce matin.
Je suis si fatiguée de me lever pour ne vivre que galères.
Et là ! Attends ! Ségolène me parle de bonheur.
Et je me pose une simple question : pourquoi aujourd'hui, ce matin, j'y crois ?
Pourquoi je crois que Ségolène Royal est sincère ?
Pourquoi je crois qu'elle va gagner en mai 2007 ?
Pourquoi je crois que NOUS, les françaises et français dans les galères au quotidien, allons gagner en mai prochain ?
Parce que je pense que Ségolène Royal a compris ce que les élites, "les coupés du monde réel", n'ont toujours pas entendu :
LE PEUPLE DE FRANCE est adulte et capable de changer, ensemble et solidaire.
LE PEUPLE DE FRANCE veut se lever le matin, après la victoire, pour vivre probablement encore les galères mais avec Madame la Présidente de la République Française, Ségolène Royal,
en construisant l'avenir de ses enfants, l'avenir de la France, l'avenir de l'Europe, l'avenir de la Planète.
Une galère où nous ramerons ensemble pour créer un monde ouvert, équilibré, équitable, solidaire... Quitte à en baver encore, dans l'injustice, nous nous battrons pour demain.
Ce matin, Ségolène me parle de bonheur.
J'y crois ! Je sèche mes larmes et je vais encore me battre pour payer mon loyer et nourrir mes enfants.
Nous, les françaises et les français en galères au quotidien, porterons Ségolène Royal jusqu'à l'Elysée et nous construirons l'avenir ensemble.
Déterminée et combattante, portée par mes désirs d'avenir !"
Léa Bluteau
18 novembre 2006
Déclaration solennelle de Ségolène Royal
| Pour que la France saisisse toutes ses chances, et réalise le progrès pour tous, le respect pour chacun | |
| Je remercie les militants du parti socialiste qui sont venus voter en masse et qui ont donné à toutes celles et tous ceux qui veulent que ça change la force d’y croire. Je ne tire de ce résultat aucune gloire personnelle mais je mesure l’immense responsabilité de ne pas décevoir toutes celles et ceux qui espèrent. L’élection présidentielle va à l’essentiel : la possibilité pour chacun de choisir son destin et de le maîtriser dans les turbulences du monde d’aujourd’hui. Oui, la France peut reprendre la main. Oui elle peut croire suffisamment en elle, renouer avec le meilleur de son histoire, se projeter à nouveau dans l’avenir pour construire un destin commun. Car les questions que se posent les Français, nous les connaissons : la pauvreté et la précarité sont-elles une fatalité ? Non – ces risques inédits, ces inégalités qui se creusent, ces fragilités qui déstabilisent même ceux qui se croyaient à l’abri, est ce là le visage inéluctable de la modernité ? Assurément pas. Ces jeunes qui désespèrent de pouvoir vivre un jour de leur travail, ces salariés qu’on pousse vers la sortie bien avant l’âge de la retraite, ces familles qui n’arrivent plus à joindre les deux bouts, à se loger correctement, à élever leurs enfants, et qui s’endettent pour faire face aux dépenses courantes, est-ce cela la condition promise aux millions d’ouvriers, d’employés, de salariés mais aussi d’artisans, de commerçants, de petits agriculteurs et de retraités qui forment l’immense majorité du peuple français ? Je ne le crois pas et je ne le veux plus. Etre socialiste c’est garder au cœur une révolte intacte. Le socialisme, c’est mettre le progrès social au cœur de toutes les décisions politiques - le progrès social pour tous et le respect pour chacun. C’est l’Education au cœur de tout, encore l’Education, toujours l’Education. Le monde a changé, la France a bougé, alors la politique doit changer. Je veux non seulement incarner ce changement profond mais le construire avec tous. La politique doit partir de la réalité de la vie des gens, être attentive aux leçons que le peuple donne, comprendre que le citoyen est le mieux placé pour faire le diagnostic de sa vie et pour dire au nom de quelles valeurs la gauche doit agir. La France doit donner à chacun les moyens de prendre effectivement son existence en mains. Voilà pourquoi les libertés individuelles appellent des solidarités et des garanties collectives à construire. N’ayons pas peur des idées neuves, puisons-les dans la vie quotidienne du peuple français, dans ses souffrances, dans ses difficultés mais aussi dans ses talents et dans ses formidables réussites. La France doit saisir toutes ses chances et se redresser. Je veux lui donner cette fierté sans prétention inutile, qui l’aidera à rassembler ses forces et à écrire, avec tous les siens, une nouvelle page de son histoire. Je la vois créative, innovante, mais bridée de trop de lourdeurs et de méfiances, fragilisée par un Etat qui se désengage et qui devra demain assumer toutes ses responsabilités dans le cadre d’une autorité juste. Je la sens, cette France, en avance sur ceux qui la gouvernent et qui se plaignent de son immobilisme. Les Français sont prêts aux réformes mais ils ne veulent pas consentir aux décisions qu’on leur impose sans les y associer ; ils ne sont pas partants pour des efforts qui, toujours, pèsent sur les mêmes. Etre socialiste et conduire une politique à gauche, c’est apporter la garantie permanente du recul des inégalités, des précarités et des insécurités. Parce que c’est comme cela que le pays sera plus fort dans la compétition internationale. On nous répète que le pouvoir échappe à la nation, que la volonté politique peut de moins en moins, que ce n’est plus l’Etat-Providence mais l’Etat-minimal, faiblement protecteur qui serait dans le sens de l’histoire. Je crois moi tout le contraire. Je crois que la politique peut beaucoup et prouver jour après jour son efficacité. On nous dit que la mondialisation a disqualifié la nation et l’aspiration croissante à l’autonomie individuelle se ferait forcément au détriment du collectif. Je crois moi tout le contraire ; ce sont les solidarités collectives qui nous rendront plus forts. Ma conviction est à l’inverse de cette idéologie insidieuse : c’est au contraire, en restant fidèles à nous-mêmes que nous pourrons résister le plus efficacement aux vents mauvais d’un libéralisme sans foi ni loi et en même temps saisir l’ensemble des opportunités d’une mondialisation qui porte dans ses flancs le pire et le meilleur, selon ce que nous saurons en faire. Et je veux pour la France faire en sorte que ce soit le meilleur. Imaginer la France, c’est la tâche nouvelle que je propose aux Français. Car ne lui renvoyer que l’image de son déclin et la sommer sans cesse de renoncer à son exception, de se banaliser et de s’aligner sur les pays où, paraît-il, le marché sans entrave pourvoirait au bonheur de tous, faire cela, c’est rendre à la France un bien mauvais service et attiser l’exaspération des Français. A cette façon de faire, il faut mettre fin. Car je crois qu’il y a beaucoup à corriger dans le fonctionnement de nos systèmes de solidarité mais pas pour les amoindrir : pour les rendre plus efficaces. Je crois que nous devons incarner l’ambition d’une France économiquement dynamique et socialement plus solidaire. Oui, imaginer la France, c’est à cela que je vous invite car elle s’est beaucoup transformée, diversifiée et colorée sans encore admettre totalement ce qu’elle est devenue. Et pour en tirer parti et fierté, la France doit achever de reconnaître comme ses enfants légitimes, tous ces jeunes dont les familles sont venues d’ailleurs et qui sont aujourd’hui des Français à part entière quoique toujours exposés aux discriminations. C’est cela notre tâche: aider la France non seulement à s’accepter telle qu’elle est mais à voir dans sa diversité une formidable énergie. Une nouvelle donne avec tous les jeunes, dans la diversité de leurs talents, est à bâtir. L’honneur de la République et la fidélité de la France à ses idéaux, c’est la lucidité d’une histoire partagée dans une France respectueuse de toutes les mémoires et accueillante à tous les siens, nés ici ou ailleurs. Ce n’est jamais quand elle oublie ses valeurs mais quand elle les prend au mot et reste fidèle à elle-même que la France peut aussi, au delà de ses frontières, parler de l’Europe et à l’Europe, parler du Monde et au Monde. Car la nation pour la gauche est indissociable d’une perspective plus large. Car nous sommes de ce pays, la France, qui vota la liberté du monde et où l’on fit une constitution en pensant à l’univers entier. C’est en donnant aux peuples l’exemple et le signal de la justice et de l’humanité que la France se ressemble et se rassemble. Regardez l’histoire de France : c’est toujours quand le peuple s’y met que la France avance et bâtit un nouvel avenir. Et aujourd’hui, je sens que le peuple s’y est mis et que ce mouvement va continuer. Je crois que la France peut puiser dans la meilleure part de son passé des valeurs pour ses combats d’aujourd’hui, à commencer par celles-ci : de fortes raisons de croire en elle. Pour tirer le pays vers le haut, il faut bien sûr comprendre les changements du monde alentour, mais il faut d’abord aimer la France, cette idée toujours neuve, et vouloir que les Français s’aiment en elle. Nous allons gravir la montagne jusqu’à la victoire. Aujourd’hui c’est un beau jour pour partir au combat car nous sommes portés par un mouvement populaire généreux et heureux qui sent que nous sommes soutenus par une cause qui est plus grande que nous. Je lance aujourd’hui un appel à tous les Français, hommes et femmes de notre pays. Rassemblez-vous, mobilisez-vous, demandez-vous ce que vous pouvez faire pour notre pays, imaginons ensemble une France qui aura le courage d’affronter les mutations sans renoncer à son idéal de liberté, d’égalité et de fraternité. Pour un ordre juste, contre tous les désordres injustes qui frappent les plus faibles, pour des énergies positives qui se rassemblent et des libertés nouvelles à inventer. Mettons nous en mouvement pendant six mois au cours desquels il nous faudra investir toute notre énergie et tout le fruit de nos échanges avec les Français, et je vais continuer comme je l’ai fait depuis plusieurs mois. Avec toute la force de nos convictions socialistes pour unir toute la gauche dans sa diversité puis rassembler une majorité de Français dans un même désir d’avenir. Melle, le 17 novembre 2006 | |
17 novembre 2006
Capitaine Courage
Les grandes joies sont muettes et la victoire estourbit. Parce que tout d’un coup tout s’arrête. Les rugissements de la tempête se sont soudainement tus. Le long voilier glisse vers le ponton dans un silence impressionnant. Les premiers pas sur la terre ferme sont incertains et donnent le tournis. Comme Florence Arthaud, Hélène Mac Arthur et Maud Fontenoy ont bravé l’océan contre les vents en furie, Ségolène Royale a traversé cette campagne interne pleine de bruit et de fureur. Notre Capitaine Courage !
15 novembre 2006
Vendredi 17 novembre 2006
Nous connaîtrons vendredi le nom du futur Président de la République : Ségolène Royal ou Nicolas Sarkozy. Et dans un cas comme dans l’autre, le parti socialiste ne sera plus ce qu’il était. Ou bien il aura réussi sa mutation et sera devenu le grand parti populaire de gauche, ouvert, moderne et dynamique, ou bien il aura disparu du paysage politique français pour dix ans. Rappelez-vous les résultats de l’élection présidentielle de 1969, dont François Mitterrand avait été écarté, parce qu’illégitime, déjà (pour ceux qui sont trop jeunes, cherchez sur internet).
Je crois que les adhérents auront la sagesse de ne pas renouveler leur erreur de 2005 et qu’ils auront l’intelligence d’être en phase avec l’électorat. Car c’est bien les électeurs qui éliront le Président et pas les seuls adhérents. Et même s’il manque à Ségolène Royal, quelques voix de militants incapables de surmonter la haine qu’on leur a inculquer, quelques voix d’enseignants qui ont bien voulu se laisser abuser par une vidéo tronquée, et quelques voix de militants antilibéraux incapables de dépasser le vote protestataire et de mettre la main à la pâte pour construire un monde meilleur, l’espoir qu’elle a fait naître dans le Peuple de France est tel que des millions d’anciens abstentionnistes viendront largement compenser ces quelques défections.
A mourir de rire
Ce serait à mourir de rire, si nous n’étions pas un peu fatigués qu’on nous prenne pour des cons :
- Laurent Fabius n’a pas craint de reprendre ce matin sur France Inter, le bon mot de Sarkozy, selon lequel le notre petit Nicolas avait « très peur » de notre bon Laurent, « qui peut être très violent ».
- Dominique Strauss-Kahn a dénoncé, quant à lui, bien sûr sur Europe 1 (chez Jean-Pierre Elkabbach, grand défenseur de la gauche) l'attitude "assez indigne" de sa rivale Ségolène Royal en cette fin de campagne interne.
Chacun ses références
Quand les partisans de Strauss-Kahn et de Fabius vont chercher leur soutien auprès de chantres du libéralisme comme Alain Duhamel ou Emmanuel Todd, je préfère trouver mes références chez des hommes de gauche comme Charles Fiterman ou Gabriel Cohn-Bendit dans les deux textes qui suivent :
Enseignants : le courage de Ségolène Royal
Par Gabriel COHN-BENDIT, ancien enseignant, militant de l'éducation.
La socialiste a raison de poser la question du temps de présence des professeurs dans les établissements.
Je n'ai pas attendu la vidéo pirate que des «gentils» camarades socialistes ont mise sur le Net pour écrire, au printemps de cette année, dans un Rebond ( Libération du 9 mai 2006) où je défendais déjà la candidature de Ségolène : «A propos du combat qui est le mien depuis quarante ans, celui de l'école, elle a dit que le rôle des enseignants n'était pas seulement d'instruire mais aussi d'éduquer et qu'il faudrait reposer la question du temps de présence des enseignants dans les établissements scolaires.»
Passons sur le procédé, il est curieux que ceux qui protestent contre les Conseils des ministres télévisés et qui s'indignent de ce qui s'est passé en Hongrie où un «camarade» a filmé les déclarations du Premier ministre à son insu pour les rendre publiques ensuite jouent ce petit tour à Ségolène. Mais moi, cela ne me choque pas, je suis favorable à ce que même des réunions de travail puissent être filmées. Ce serait assez drôle de savoir ce que Fabius ou DSK et leurs amis se disent quand ils sont entre eux, que ce soit sur Ségolène ou sur ce qu'ils pensent vraiment.
Il y a plus d'un an, le Parti socialiste, dont je n'étais pas encore membre, m'avait invité à un débat sur l'école. J'avais commencé mon intervention en disant : «En parodiant la formule entre boire ou conduire, il faut choisir, je dirais : entre poser les problèmes de l'école et garder l'électorat enseignant, il faut choisir. Ou le PS veut garder son électorat enseignant, et il ne posera pas les problèmes de l'école, ou il les pose et risque de perdre une partie de son électorat enseignant.»
Sur le fond, je dirais donc : premièrement, que le temps de travail des enseignants du secondaire, collèges et lycées, est bien calculé sur la base de 36 heures. Les certifiés font 18 heures de cours qui sont évaluées à deux heures de travail en tenant compte des préparations et des corrections. Deuxièmement, qu'il y a longtemps que des pédagogues et certains syndicalistes, dont ceux du SGEN, proposent des changements en diminuant les heures de cours, les ramener de 18 à 15 par exemple, et d'augmenter par contre les heures de présence. On remplace une heure de cours par deux heures de présence, ce qui ferait 21 heures de présence dont 15 heures de cours.
Le 27 février 1996, nous avons signé à plusieurs, Antoine Prost, Louis Legrand, Jean-Claude Guérin, Marie Danièle Pierrelée, entre autres, un Rebond, toujours dans Libération, intitulé «Des équipes pour travailler autrement», où nous disions déjà : «Le service des enseignants, traditionnellement compté en heures de cours, sera forcément à redéfinir ; on comprendra donc aisément qu'on ne peut faire partie d'équipes ayant de tels objectifs que sur la base du volontariat.»
Oui, c'est bien sûr la base du volontariat et non en imposant à tous les enseignants des changements qu'ils n'acceptent pas qu'il faudra commencer. Faire la preuve qu'une présence plus importante peut réduire les tensions et donc rendre le travail des enseignants plus agréable donc moins fatigant et stressant. Rappelons qu'en Allemagne, les enseignants doivent 25 heures de cours et en Suède ils doivent 35 heures de présence dont 20 à 22 heures de cours et ce pays a, avec la Finlande, les taux de réussite les meilleurs.
Une fois de plus, Ségolène a le mérite de poser des questions de fond que ses concurrents socialistes, par pure démagogie, n'osent aborder. Avant un vote dans le PS, où le corps enseignant est important, elle fait, une fois de plus, preuve de son courage politique.
(Source : LIBERATION.FR, mercredi 15 novembre 2006)
Ne tuez pas l'espérance
Par Charles Fiterman, ancien ministre
La démarche politique de Ségolène Royal a l'immense mérite de chercher à mettre en mouvement la société elle-même.
C'est devenu une banalité que de souligner les changements considérables qui affectent la société et le monde depuis une vingtaine d'années. Ils concernent les sciences, les technologies, les façons de produire et les produits eux-mêmes, l'organisation des productions et leur répartition sur la planète, l'organisation politique du monde et les relations entre les pays et les humains, les modes de vie, les mœurs.
Il est pourtant un domaine qui, pour l'essentiel, échappe à ces mutations, qui tarde à les traduire, c'est celui du politique. Ses repères, ses concepts, ses structures, ses pratiques sont encore largement ceux du passé. Ce qui nuit gravement à son efficacité et est à la base de la distance, dangereuse pour la démocratie, prise entre
les citoyens et leurs représentants.
Je suis de ceux qui pensaient que la novation nécessaire passerait par l'étude, la recherche, le débat à partir desquels s'élaboreraient une nouvelle donne, de nouveaux concepts et de nouvelles formes politiques, susceptibles de faire l'objet de décisions de congrès. Les circonstances, et sans doute aussi les hommes, ne l'ont pas permis. Il y a certes eu des initiatives prometteuses dans les années 90 : le mouvement Refondations, les Assises de la transformation sociale. Des idées ont été lancées comme cette "nouvelle alliance des couches populaires et des couches moyennes" avancée par Lionel Jospin. Mais les actes n'ont pas suivi. Le désastre du 21 avril 2002 me semble devoir pour beaucoup à cette absence d'ouverture d'une perspective politique mobilisatrice et rassembleuse. Il a fallu ensuite éviter la dispersion des forces, relancer l'action - François Hollande a le mérite de s'y être consacré avec succès - et faire face à un débat
européen qui a remis au premier plan la division traditionnelle de la gauche sur ce point. Mais le principal n'a pas pu se faire.
Et voilà que dans la préparation de l'élection présidentielle émerge d'une façon inattendue une personnalité, une candidature : celle de Ségolène Royal. On a dit et on répète qu'il n'y a là qu'un effet d'image, le résultat d'un battage médiatique et sondagier. Bien sûr, ses concurrents et ses critiques ne se préoccupent pas de leur propre
image, ne prennent jamais connaissance des sondages, ne choisissent pas leurs postures en fonction de ce qu'ils perçoivent de la société ! Soyons sérieux, l'image compte, elle n'est pas neutre. Et celle que renvoie Ségolène Royal, inhabituelle à ce niveau en France, c'est celle d'une femme volontaire, intelligente, tenace. Son langage est
direct, concret, sans détours.
Il n'y a pas dans le discours qu'une musique des mots, il y a les mots eux-mêmes. J'ai pris la peine d'en faire une lecture attentive, sans me contenter de ce qu'en disent les médias. J'y ai trouvé des orientations fortes et neuves, qui rejoignent celles que je défends, avec d'autres, depuis plus de dix ans. D'abord, la promotion d'un nouveau type de développement qui lie étroitement la croissance économique, le progrès social et la prévoyance environnementale. C'est le développement qualifié de durable, pris dans toute sa dimension. Et puis, une liaison nouvelle établie dans les objectifs et dans l'action
entre l'individu et le collectif, entre les indispensables transformations réalisées par la volonté collective démocratique et la prise de responsabilité de l'individu, encouragée et élargie par des libertés nouvelles. Il y a là une leçon essentielle tirée de l'échec du collectivisme. Et puis encore, cet " ordre juste " qui associe pleinement sécurité et justice, dans le droit fil des combats de la gauche. Prétendre que l'ordre n'entre pas dans les objectifs de la gauche, ériger en préalable à son établissement la solution de tous
les problèmes sociaux, c'est être sourd à l'exigence qui monte des milieux les plus populaires, les plus confrontés à tous les désordres, c'est oublier que la sécurité est une condition première de la vie. Enfin, et surtout, il y a cette " révolution démocratique ", cet appel à un nouvel âge de la démocratie qui fasse une place nouvelle à l'intervention citoyenne. C'est ce que demande toute une partie de la gauche depuis des décennies.
Au regard de l'orientation ainsi affirmée, des possibilités qu'elle ouvre, les polémiques agressives sur telle ou telle expression, telle ou telle forme suggérée, que l'on peut toujours améliorer, sont subalternes et un peu ridicules.
La novation, elle s'exprime à travers tout cela, et c'est parce que Ségolène Royal, par ce qu'elle est et par ce qu'elle dit, en est porteuse que sa candidature a l'impact constaté dans le pays. Les sondages ne font que refléter le phénomène, de façon sinon exacte, en
tout cas approchée.
Alors, il ne faut pas, il ne faut surtout pas tuer l'espérance. Ne nous racontons pas d'histoire, lui tourner le dos, c'est laisser le champ libre à la démagogie de l'extrême-droite et à la victoire de la droite. Ce qui nous est proposé avec Ségolène Royal, ce n'est certes pas un avenir dépourvu de soucis et de problèmes. La novation est à construire. Mais l'immense mérite de la démarche qu'elle propose, c'est précisément d'ouvrir l'espace et les chemins de cette construction, de favoriser la mise en mouvement de la société elle-même. Et s'il y a une leçon à tirer du passé, c'est bien que sans ce mouvement, un gouvernement aussi bon soit-il, ne peut conduire au succès les réformes nécessaires.
Le Parti socialiste tout entier, et chacune et chacun de ses membres ont une responsabilité devant l'histoire. Ils peuvent permettre à la France de retrouver cet élan créateur qui a marqué les grands moments de son histoire. Ils peuvent aussi à cette occasion permettre à leur parti de gagner une place nouvelle dans ce pays et à la gauche tout entière d'engager de façon significative sa rénovation. Quel dommage si nous manquions ce premier rendez-vous avec le socialisme du 21ème siècle !
(Source : LIBERATION.FR, vendredi 10 novembre 2006)
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14 novembre 2006
Les chemins de traverse
L’année dernière, les médias unanimes nous ont expliqué qu’il fallait approuver le traité constitutionnel européen. Aujourd’hui, les médias unanimes nous expliquent que les adhérents au PS doivent investir Strauss-Kahn. Dans six mois, les médias unanimes nous expliqueront qu’il faut voter Sarkozy. Ce qu’il y a de bien avec les médias unanimes c’est qu’ils ne changent pas, qu’imperturbablement ils nous prennent pour des abrutis et qu’invariablement les français leur infligent un démenti cinglant.
C’est ainsi que durant ce week-end, dès la divulgation de la vidéo pirate, ils n’ont pas lésiné sur le matraquage, en ouvrant l’ensemble des plateaux de télévision principalement à Dominique Strauss-Kahn et à ses partisans et dans une moindre mesure à Laurent Fabius.
Michel Rocard, chantre du « parler vrai » a fait très fort au 20h de TF1 en affirmant qu’il faudrait à Ségolène Royal pas moins d’un an et demi pour atteindre le niveau requis par les enjeux internationaux. Et si vous vous prenez à songer que Bill Clinton ou bien Zapatero s’en sont plutôt bien sorti sans aucune expérience préalable, c’est que vous avez oublié qu’ils étaient des hommes !
Bien sûr, la droite n’a pas été en reste et s’est plu à accompagner le mouvement, tant elle ne redoute rien tant qu’une candidature de Ségolène Royal. Ainsi François Bayrou, qu’on croyait plus honnête s’est engouffré dans la brèche en dénonçant « le sport à la mode (qui consiste à) s’en prendre aux enseignants ». Et « Marianne », qui le soutient, mais qui jusqu’à présent s’était à peu près tenu à l’écart de la curée, d’aligner les vidéos supposées compromettantes sur son site internet. Même le petit Nicolas n’a pu résister à la tentation de s’en mêler directement en proclamant, sans crainte du ridicule, combien il redoutait de devoir affronter Laurent Fabius…
Si nous avons bien compris le message, seuls des abrutis incultes, amateurs de bière et vautrés devant la Star Académie peuvent songer à voter pour Ségolène Royal, comme, l’année dernière, seuls les mêmes crétins pouvaient envisager de voter « non » au référendum.
Je crains qu’une nouvelle fois nos élites soient déçues qu’un vain peuple s’obstine à refuser de suivre la voie qu’elles lui ont tracée et préfère emprunter les chemins de traverse.
13 novembre 2006
Campagne anti-Ségolène sur Google
Lu sur le site www.zescoop.com :
"Via le système publicitaire par mots clés de Google, baptisé Google Adwords, certains sites se paient une véritable campagne de pub anti-Ségolène Royal et profitent de l'intérêt pour la vidéo pirate sortie ce week-end.
Le prénom "Ségolène" et le nom "Royal" sont plus que jamais achetés sur Google. Ces mots clés, tapés dans le célèbre moteur de recherche, déclenchent en effet l'apparition de publicités dites "texte" peu favorables à la candidate à l'investiture socialiste.
Ainsi, le site DailyMotion, sur lequel a été déposée la désormais célèbre vidéo pirate n'y va pas par quatre chemins. "Ségo On / Ségo Off. Où est la sincérité ? Où est le courage ?" s'interroge ainsi le site... Autre version publicitaire pour Dailymotion : "Ségo n'aime pas les profs aux 17h. Mais quand est-elle sincère ?" peut-on ainsi lire sur Google.
Autre version peu flatteuse, une publicité qui pointe vers un blog UMP et déclinée en ces termes : "Ségolène Royal perd ses nerfs. Sait-elle dialoguer ? Écouter ? Débattre avec les autres ?".
Le site Wat, concurrent de Dailymontion y va aussi de sa version ce lundi matin a pu constater la rédaction de Zescoop.com avec cette annonce : "Maîtresse Ségolène tape sur les doigts des enseignants. Ca fait mal".
A quatre jours de la désignation du candidat socialiste à la présidentielle, jamais la campagne n'a été aussi "trash", reste à savoir si ce n'est qu'un début...
Yoann Robic"
(source : zescoop.com)
Comment réagir à ce type de pratiques ?
12 novembre 2006
Lettre à des amis enseignants qui sont désemparés
Je comprends votre désarroi, parce que dans la première partie de ma vie professionnelle, j'ai été, moi aussi, professeur de lycée. Et je sais, pour l'avoir exercer, que le métier d'enseignant est certes passionnant, mais aussi épuisant. Au demeurant, la vidéo qui vous a heurtés ne présente qu’un passage tronqué d'une réunion de travail avec des enseignants qui ne reflète en aucun cas la position de Ségolène Royal sur l'éducation. Pour replacer ses propos dans leur contexte, je vous invite à visionner la vidéo intégrale de cette réunion sur le site :
http://www.dailymotion.com/video/xmhj2_segolene-royal-a-angers-integrale.
Par ailleurs, Ségolène Royal s'est exprimée fin octobre sur cette question du temps de
travail des enseignants, en réponse à une question que lui posait un militant socialiste :
"La répartition de ce temps (présence devant les élèves, préparation, correction de copies) est extrêmement variable en fonction des niveaux d'enseignement. L'approche par le temps de travail ne règle aucun des vrais problèmes. C'est par les conditions de travail des enseignants et des élèves qu'il faut commencer, pour retrouver l'envie d'enseigner et l'envie d'apprendre. Il faudra, comme je l'ai dit à plusieurs reprises, renforcer la présence adulte dans les établissements et, si nécessaire dans certaines classes, veiller à la constitution d'équipes pédagogiques soudées."
Vous pouvez prendre connaissance de l'intégralité de sa réponse sur ce sujet sur le site :
http://www.desirsdavenir.org/index.php?c=interventions&id=392.
Cela étant, on peut très bien ne pas être d’accord avec toutes les propositions de Ségolène Royal et cependant reconnaître qu'elle est la seule à pouvoir battre Sarkozy, parce qu'elle est la seule personnalité de gauche à trouver un écho dans les couches populaires, qui s’étaient depuis longtemps désintéressées des enjeux politiques. Par ailleurs, c'est la seule qui ne prétend pas avoir réponse à tout, mais cherche au contraire à résoudre des problèmes concrets en prenant le plus large avis des personnes concernées.
