27 mai 2007

Analyse : pourquoi Sarkozy a gagné

par Claude Demelenne, Le Journal du Mardi, Lundi 21 mai 2007

« Pendant trop longtemps, la politique a été impuissante. Je veux le retour de la politique, a dit le candidat de la droite. Deux petites phrases essentielles. Deux petites phrases que Ségolène Royal aurait dû marteler pendant toute sa campagne. Elle ne l’a pas fait. Personne à gauche ne l’a fait. Parce qu’elle ne croit plus que la politique peut changer la vie ? Ce serait dramatique. Une bonne partie du peuple l’a compris ainsi : la gauche est impuissante ». Claude Demelenne s’interroge sur les raisons de la victoire de Nicolas Sarkozy et propose son diagnostic sur les erreurs commises par la gauche.

Le peuple français n’a pas rejeté Sarkozy. Au contraire, il l’a presque plébiscité. Même quand le leader de la droite dérapait : à peine 30% des Français ont condamné son escapade en jet et yacht privés - coût : 200.000 euros - sponsorisée par un pote milliardaire. Alors, le peuple est-il con ? Non. C’est la gauche française qui est nulle.

« Ainsi, en France, en l’an 2007, l’on peut faire voter les gens contre leurs intérêts. Cela fait de longues années que ça marche aux Etats-Unis, mais je croyais les Français plus aptes à la résistance... Est élu et bien élu quelqu’un qui a dit ce qu’il fera et qui fera en effet ce qu’il a dit. Il fera de beaux cadeaux aux entreprises transnationales du CAC 40, aux grandes fortunes et, dans une moindre mesure, aux classes moyennes. Tant pis pour les autres ». Les autres... qui ont souvent voté pour lui. Ce propos désabusé est celui de l’écrivaine française d’origine américaine - et cofondatrice d’Attac - Susan George. Celle-ci ne le dit pas, mais de beaux esprits le pensent : le peuple serait con. Irrémédiablement con. Facile. Une certaine gauche intellectuelle se dédouane de ses manquements en incriminant ce peuple manipulé qui se tire une balle dans le pied - et même dans les deux ! - en élisant Nicolas Sarkozy. Pourquoi le peuple, ou à tout le moins une bonne partie du peuple, a-t-il choisi Sarko ? Cinq types d’arguments. 1. Il parle clair. 2. Il va changer la politique. 3. Il va nous protéger. 4. Il va nous trouver du boulot. 5. Il est moderne. Tout est (presque) faux ? Peu importe. L’intérêt est de sonder les motivations de ce « maudit peuple ».

1. Il parle clair

Sujet, verbe, complément : c’est la phrase type de Sarkozy. Compréhensible par tous. Plus facile de tenir un discours limpide quand on accumule propos poujadistes et arguments simplistes sur mai 68, la gauche qui « prend le parti des voyous », l’immigration et l’identité nationale... ? Certes, car quiconque veut rendre compte de la complexité du monde ne peut fuir, comme Sarkozy, les analyses plus élaborées. Soyons pourtant de bon compte : pour l’essentiel - la baisse des impôts pour les riches, la quasi suppression des droits de succession, le gros bâton contre la délinquance... - Sarkozy a tenu un discours de droite cohérent. Programme incontesté dans son camp, idées claires. Ségolène Royal, elle, a tenu un discours de gauche cohérent... pendant quelques mois en 2006, lorsqu’elle montait dans les sondages et briguait l’investiture du PS face aux « éléphants ». Un discours de gauche cohérent, c’est-à-dire un discours ne faisant pas l’impasse, par exemple, sur la question sécuritaire (voir point 3), la nécessité d’un « ordre juste », certains effets pervers de la loi sur les 35 heures, appliquée de façon trop rigide... Hélas, Royal piétinait de la sorte des tabous de la gauche bien-pensante. Elle a donc été obligée, une fois intronisée comme porte-drapeau de son parti, de mettre beaucoup d’eau dans son (nouveau) vin rouge. Le discours est devenu plus hésitant, incohérent, inaudible parfois. Programme contesté dans son camp, idées brouillées. Le contraste était saisissant avec Sarkozy. Et avec la droite en général, rangée derrière le panache bleu-blanc-rouge de son champion.

Le peuple a voté Sarko et busé la gauche parce que l’un parlait clair et l’autre causait flou. L’un campait avec assurance et fierté sur ses « fondamentaux » - travail, famille, patrie, sécurité - l’autre doutait d’elle-même et de la pertinence de ses « solutions ». Ce n’est pas tellement Ségolène Royal qui doutait : lorsqu’elle était vraiment une femme « libre », avant d’être corsetée par son parti, elle a témoigné de beaucoup d’audace et de fermeté dans ses convictions. C’est plutôt la gauche dans son ensemble qui hésitait, ballottée entre les diatribes souvent déconnectées du réel de l’extrême gauche, la mollesse de l’aile droite « strauss-kahnnienne » ressassant l’urgence d’un « virage social-démocrate » accompli dans les faits depuis deux décennies, et l’angélisme des « bobos » pour qui l’insécurité n’est qu’un « sentiment », pratiquement un fantasme de « petits blancs » racistes et réactionnaires. Tiraillée entre ses multiples « chapelles », la gauche ne pouvait produire un parler simple et un parler vrai. Ségolène Royal était coincée entre deux démagogies : celle de la gauche dite radicale qui prétend défendre un « petit peuple » qui lui fait rarement confiance et est quasi absent dans ses meetings très « boboïsés » ; et celle de la gauche dite social-démocrate, qui n’a plus produit d’idée neuve et porteuse depuis belle lurette et tente de maquiller son libéralisme « social » sous un vernis de « modernité ». Malgré son évidente bonne volonté et sa détermination, Ségolène Royal ne pouvait parler clair. Elle ne pouvait donc, en toute logique, rallier à elle la majorité du peuple.

La gauche française ne pouvait séduire le peuple, car elle n’a plus de projet lisible et mobilisateur. « Mon projet n’est pas socialiste », avait dit Lionel Jospin en 2002. Ségolène Royal n’a pas prononcé la phrase qui tue. Mais les citoyens n’ont pas été dupes. Une gauche, toutes chapelles confondues, qui ne parle plus un langage de gauche a peu de chance de gouverner efficacement pour le peuple.

2. Il va changer la politique

Lors du grand débat télévisé Ségo-Sarko, la tirade la plus lourde de sens - et pourtant assez peu mise en exergue par les observateurs - a été prononcée par Nicolas Sarkozy. « Pendant trop longtemps, la politique a été impuissante. Je veux le retour de la politique », a dit le candidat de la droite. Deux petites phrases essentielles. Deux petites phrases que Ségolène Royal aurait dû marteler pendant toute sa campagne. Elle ne l’a pas fait. Personne à gauche ne l’a fait. Parce qu’elle ne croit plus que la politique peut changer la vie ? Ce serait dramatique. Une bonne partie du peuple l’a compris ainsi : la gauche est impuissante. Face aux délocalisations, aux inégalités, à la précarisation, à l’insécurité dans toutes ses facettes, elle n’a plus à opposer que ses bons sentiments. Mais elle tourne à vide. Nicolas Sarkozy a réussi à donner l’impression qu’il croyait toujours à la politique. Que celle-ci pouvait encore améliorer la vie des gens, malgré la mondialisation, malgré l’Europe, malgré l’éloignement des centres de pouvoir économique. Illusion ? Forcément, quand le candidat Sarkozy ne propose rien d’autre que d’appuyer sur l’accélérateur de l’ultralibéralisme, du détricotage du code du travail, de l’affaiblissement du contre-pouvoir syndical. Mais, habile à dérouler un écran de fumée quant à la vraie nature de son projet ancré à droite, Sarkozy a paradoxalement réussi à ... rendre ses lettres de noblesse à la politique. Il a su convaincre qu’il allait changer la politique. L’exploit n’est pas mince. Il explique largement pourquoi le sarkozysme connaît un tel engouement populaire.

Le 24 avril, Nicolas Sarkozy est en meeting à Rouen. Son discours est essentiellement consacré à l’économie. « Au prétexte que l’Etat providence ne peut plus fonctionner comme il y a quarante ans, il serait désastreux de décréter que l’Etat ne doit plus s’intéresser à l’économie, qu’il ne doit plus jamais intervenir, que le marché a toujours raison et qu’il doit décider seul, qu’il doit laisser faire et laisser passer, explique-t-il. Depuis vingt ans, nous avons déjà trop cédé sous l’effet de notre propre renoncement et du renoncement de l’Europe ». Sarkozy poursuit, dans la même veine volontariste : « A une France si éprouvée par les restructurations industrielles, je veux dire que je n’accepte pas l’idée d’une désindustrialisation inévitable. Je n’accepte pas l’idée d’une France sans usines. Je n’accepte pas l’idée d’une France sans ouvriers, sans paysan, sans artisan. Je n’accepte pas l’idée d’une France qui se contenterait de répondre à la mondialisation en investissant dans la haute technologie et les services à forte valeur ajoutée, et qui laisserait tomber tout le reste... Si l’on ne fait rien..., si l’on continue d’accepter les dumpings sociaux, écologiques, monétaire, fiscaux, si l’on continue d’accepter la concurrence déloyale, l’Europe finira par devenir un désert industriel et un désert agricole avant de devenir un désert économique ». Sa conclusion ne doute de rien : « Je veux être le président qui moralisera le capitalisme financier, qui donnera la primauté à la logique de la production sur la logique financière, qui donnera la primauté à l’entrepreneur et au travailleur sur le spéculateur, qui mettra un terme au scandale des parachutes en or. Je veux être le président qui protégera le capitalisme familial par rapport au capitalisme boursier... On dira que c’est impossible, mais pour la pensée unique, tout est toujours impossible ».

Ce discours du 24 avril résume la démarche de Sarkozy. Et sa pédagogie de l’anti-renoncement : il a fait passer le message qu’avec lui, la politique pourrait à nouveau changer la vie des gens. Et même le monde. Il l’a fait en utilisant les mots de la gauche. Ou plutôt, les mots qui étaient ceux de la gauche lorsqu’elle parlait encore au cœur du peuple : « ouvriers, usines, artisans, paysans... ». Il y a longtemps que la gauche française ne s’adresse plus aux ouvriers. Elle n’ose même plus prononcer le mot. Pour un bobo, l’ouvrier est un extra-terrestre. En 2002, il avait fallu que le « vieux » Pierre Mauroy déboule dans la campagne pour rappeler à Jospin qu’il fallait aussi s’adresser aux ouvriers. Reste l’humanisme de la gauche. Un humanisme largement désincarné. « Les dirigeants du PS sont de grands bourgeois humanistes qui s’intéressent aux exclus, en passant par-dessus la tête de leur électorat, les ouvriers, les employés, les classes moyennes », écrivait la semaine dernière Jean Daniel, dans le Nouvel Observateur. Une gauche qui tourne le dos à sa base et lui transmet le message subliminal qu’elle n’est plus en état d’améliorer ses conditions de vie ne pouvait gagner face à Nicolas Sarkozy, l’homme du « retour de la politique ». Une politique de droite. Mais une politique, bien emballée qui, pour l’heure, fait illusion. La gauche française ne parvient même plus à faire illusion.

3. Il va nous protéger

Pour une grande part, Sarkozy a gagné parce qu’il est apparu comme le champion de la lutte contre l’insécurité. Une auréole fort surfaite : Sarko était le ministre de l’Intérieur sortant. Il porte donc une responsabilité réelle dans l’insécurité existante. Mais lui, contrairement à une fraction de la gauche - celle qui s’exprime le plus spectaculairement dans les médias - n’a jamais sous-estimé le malaise grandissant de la population face à la hausse des actes de violence visant des personnes. Une certaine gauche droit-de-l’hommiste donne le ton, en France, depuis longtemps. Cette gauche, volontiers angélique, hurle au fascisme dès qu’un responsable politique parle sanction et répression. C’est cette gauche-là qui a commencé à mettre Ségolène Royal au pilori quand elle a osé évoquer des solutions alternatives à la prison - et, souvent, à la non-sanction - pour les jeunes délinquants multirécidivistes : des travaux d’intérêt collectif, dans des centres ou des camps ad hoc, au besoin avec un encadrement militaire. C’est cette même gauche qui a diabolisé et lepénisé Nicolas Sarkozy quand il a promis aux habitants des banlieues de les « débarrasser de la racaille ». Terrible erreur : 95% des Français, en ce compris bien entendu beaucoup d’habitants des cités dites « difficiles », soutenaient Royal et Sarkozy quand ils formulaient leurs propositions sécuritaires.

Quand Olivier Besancenot, le plus brillant porte-parole de la gauche radicale, stigmatise le « programme ultra-sécuritaire » du gouvernement Fillon, il démontre qu’il n’a rien compris des aspirations des classes populaires qu’il prétend représenter. « Ne devrait-on pas s’interroger sur l’effet différé des émeutes de novembre 2005 dans les banlieues, largement présentées comme un mouvement social, alors que les participants étaient minoritaires et les cibles choisies ineptes, se demande Didier Peyrat, auteur de Face à l’insécurité : refaire la cité (éd.Buchet-Chastel). 2007, c’est aussi le vote contre les bagnoles détruites, les écoles incendiées, les caillassages de sapeurs pompiers... La crise du vivre ensemble est aussi importante que la crise sociale dans la société. Une politique de transformation doit faire avec le besoin de sécurité ». Une partie de la gauche française a négligé ce besoin de sécurité. En diabolisant Sarkozy parce qu’il tenait un discours sécuritaire, elle lui a finalement rendu service. Les citoyens, même de gauche, qui étaient en gros d’accord avec ce discours sécuritaire, se sont sentis à leur tour insultés par les propos moralisateurs de la gauche angélique. Et certains d’entre eux ont accordé leurs voix au candidat de la droite.

Quelle erreur de focaliser l’essentiel des attaques contre Sarkozy sur son programme sécuritaire ! Il fallait l’attaquer prioritairement par un autre bout : son programme fiscal imbuvable et inégalitaire, par exemple. Les mesures coûteuses pour les moins aisés, adoptées par tous les gouvernements de droite auxquels il a appartenu. Sa volonté de faire de beaucoup de travailleurs des « working poors ». Mais la gauche angélique a préféré le slogan imbécile : tout sauf Sarkozy, ce quasi facho qui va attaquer nos libertés et martyriser les jeunes des cités. Slogan absurde : pendant les émeutes des banlieues, en 2005, il n’y a pas eu un seul - pas un seul ! - dérapage sanglant des forces de l’ordre. Et Sarkozy était bel et bien ministre de l’Intérieur. Il a tenu ses troupes. Il n’y a pas eu de bavure. Une chose est de combattre les choix de Sarkozy - notamment son démantèlement de la police de proximité - une autre chose est de le peindre en brute obsédée par le matraquage bête et méchant.

Face aux exagérations et au blabla anesthésiant de la gauche droit-de-l’hommiste, Sarkozy est apparu comme l’homme qui allait protéger le peuple. Un comble, car la droite a toujours insécurisé socialement le peuple ! Et elle continuera avec Sarkozy, quand le nouveau président donnera comme mission à ses seconds de tripatouiller le code du travail.

4. Il va nous trouver du boulot

Toutes les politiques, de droite comme de gauche, ont échoué contre le chômage. « On a tout essayé contre le chômage », a dit François Mitterrand, à la fin de son second mandat. Pourquoi Sarkozy serait-il davantage crédible, lorsqu’il promet « le plein emploi dans cinq ans » ? Pas sûr que ceux qui ont voté pour lui, soient eux-mêmes convaincus qu’il tiendra sa promesse. Mais ils ont envie d’y croire. Parce que l’homme donne l’impression de croire à fond dans les vertus de son programme libéral pur jus. La gauche, elle, donne le sentiment de ne croire qu’à moitié dans les qualités de son programme social-libéral hyper light. Pas de quoi faire rêver. Pas de quoi susciter l’adhésion. « Je n’accepte pas l’idée d’une France sans ouvriers, sans paysans, sans artisans ». Cette phrase de Sarkozy aurait dû être un jingle des leaders de la gauche. Ils ne l’ont jamais prononcée. Le peuple n’est pas con parce qu’il a envie d’espérer, de rêver. Le rôle du politique, c’est aussi de faire rêver à un avenir meilleur. La gauche française a tellement souvent été à côté de la plaque, elle s’est tellement coupée des attentes populaires, qu’elle a cessé de faire rêver. Bien sûr, du rêve à la réalité, il y a une marge. Et le retour au réel risque d’être brutal pour ceux qui auront cru que Sarkozy détenait la potion magique pour vaincre toutes les insécurités, face au chômage, aux inégalités, à la délinquance... Mais Sarkozy a su, au moins, apparaître comme un homme politique qui n’acceptait pas la fatalité, là où la gauche est apparue comme une force sur la défensive, incapable de résister aux méfaits de l’ultra-capitalisme. Un comble !

5. Il est moderne

La vieille droite se la joue moderne. Un comble, également ! Mais cela fonctionne. Au-delà du style Sarkozy - la foulée du joggeur Sarko importe peu au Rmiste à la limite du seuil de pauvreté - il y a, une fois de plus, les erreurs de positionnement de la gauche, tellement énormes qu’elle font le lit d’une droite du coup rajeunie. La gauche fait preuve d’anti-modernité par excellence quand elle balaie d’un revers de la main les soucis légitimes des citoyens. Fait minuscule, mais significatif : en plein cœur de la campagne électorale, le quotidien Libération publie un long argumentaire sur le thème : « Dix bonnes raisons de ne pas voter Sarkozy ». Quatre des cinq premières raisons se rapportent peu ou prou à « l’horreur sécuritaire » qu’incarnerait Sarkozy. Et la première raison de ne pas voter Sarko porte sur le fait qu’il veut être plus sévère avec les mineurs multirécidivistes. C’est le sommet de la ringardise de gauche : refuser de mieux protéger la société ; refuser, également, de mieux protéger une petite minorité de jeunes contre eux-mêmes. Car tous les pédagogues le diront : plus immédiate et plus « sérieuse » sera la première sanction, mieux le jeune aura la chance de prendre conscience de la gravité de son acte et de réussir sa réinsertion dans la société. Une société souvent injuste envers lui, une société qui ne lui prépare pas un avenir radieux avec Sarkozy. Mais une société inégalitaire qu’il pourra combattre de façon plus intelligente qu’en minant la vie quotidienne d’autres victimes du capitalisme cher aux amis patrons de Sarkozy-le-faux-moderne.

Le peuple n’est pas con parce qu’il se détourne d’une gauche faible et conformiste. Si demain, un Sarkozy de gauche déboule dans le paysage politique français, le Sarkozy actuellement à l’Elysée n’aura qu’à bien se tenir. Nous n’en sommes, cependant, pas encore là !

Pourquoi la gauche belge résiste (mieux)

La gauche française vient de perdre le scrutin présidentiel pour la troisième fois consécutive. Et cela, après une longue période d’opposition. En Belgique, la gauche socialiste est au pouvoir depuis presque vint ans, sans interruption. Et, globalement, au vu des derniers scrutins, elle résiste. Malgré certaines « affaires » bien encombrantes. Paradoxal ? Pas nécessairement. Parce que la gauche belge apparaît moins figée que son équivalent français. Elle a, par exemple, réussi son ouverture aux populations d’origine immigrée. En France, c’est Sarkozy qui choisit Rachida Dati, né d’un père marocain et d’une mère algérienne, comme ministre de la Justice. Il n’existe pas, au PS de François Hollande, de Rachida Dati socialiste. Chez nous, c’est le PS d’Elio Di Rupo qui compte dans ses rangs de nombreux élus - et ministres - d’origine maghrébine. Les leaders socialistes belges ne sont pas, comme leurs camarades français, de grands bourgeois coupés du réel. Ils connaissent la vie dans les quartiers pauvres, parce qu’ils sont très présents sur le terrain - et pas seulement grâce au « clientélisme » qui, n’en déplaise aux libéraux et aux écologistes, n’est pas à proscrire sous toutes ses formes. Dans la gauche belge, l’information remonte mieux de la base au sommet : et pour cause, un grand nombre de parlementaires, et bien sûr d’échevins et de conseillers communaux, vivent quotidiennement au cœur de la population. Dans le domaine sécuritaire, la gauche belge n’a jamais fait preuve d’angélisme. Et pour cause là aussi : dans les communes, le bourgmestre - souvent socialiste, en Wallonie - est le chef de « sa » police. Et il entend qu’elle soit respectée. Enfin, la gauche belge apparaît plus moderne. Elle a réussi à combiner défense de l’Etat providence - la sécurité sociale - et avant-gardisme sociétal - droit de vote pour tous, mariage gay, légalisation de l’euthanasie...


Source : http://contreinfo.info (Publication originale Le Journal du Mardi, via Mouvements)

Posté par civis à 09:52 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

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