Carnets de campagne d'un citoyen ordinaire

24 juin 2007

La première des réformes à entreprendre est celle du fonctionnement démocratique du parti socialiste

Grand donneur de leçons de démocratie tous azimuts, le parti socialiste s’en affranchit aisément lorsqu’il s’agit de son fonctionnement interne. Nées du congrès du Mans en 2005, ses instances dirigeantes : conseil national, conseils fédéraux, commissions administratives de section (dont émanent le bureau national, les bureaux fédéraux et les bureaux de section) ont été élues à la proportionnelle, à partir des voix recueillies par les différentes motions auprès des quelques 100 000 adhérents de l'époque, par les délégués censés les représenter. Je dis « censés » parce que le processus de leur désignation par les seuls appareils des courants, et non par les adhérents, est loin d’être transparent.

Au demeurant, même si l’on admet que ces instances étaient à l’époque représentatives, il n’en va plus de même aujourd’hui, et de très loin, puisque le nombre des adhérents a quasiment triplé. Il n’y a pas d’autre raison de demander un congrès anticipé, mais excusez du peu, celle-ci est de taille ! Et nous savons tous, pour connaître l’histoire de France, combien explosive peut se révéler la situation politique, lorsque le pays légal ne correspond plus au pays réel, lorsque la carte ne reflète plus le territoire. Bien sûr, ce qui vaut pour le pays, vaut pour tout parti qui se prétend démocratique.

Le comble est sans doute que, pour rétablir un semblant de représentativité, certains en viennent à prétendre que les nouveaux adhérents « se sont évaporés » ! Ah bon ? Comme c’est commode ! Et combien, s’il vous plait ? Comment les avez-vous comptés (on peut payer sa cotisation jusqu’ à 6 mois après la fin de l’année concernée) ? Parce qu’ils ne viennent plus ? Ca, on peut le comprendre.

D’autres s’emploient à tout faire pour les dégoûter dans l’espoir qu’ils s’en aillent, de préférence avant le congrès…

Certains dont le premier secrétaire (!) vont même jusqu’à rappeler que la cotisation est très chère la deuxième année et qu’il faut la payer !

La première des réformes à entreprendre est celle du fonctionnement démocratique de ce parti. Alors, pour commencer, exigeons la tenue anticipée du congrès, dès l’automne 2007.

A cet égard, il existe une pétition en ligne que je vous invite à signer :

http://www.mesopinions.com/detail-petition.php?ID_PETITION=2c973d79c206ad6767f33c71b7f40c58

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11 juin 2007

Refondation de la gauche. Motion et ouverture

Deux points de désaccord (qui ne sauraient remettre en question mon soutien)

Bien que je continue à penser que la rénovation nécessaire de la gauche doit être conduite par Ségolène Royal et que le plus tôt sera le mieux, je ne puis m'empêcher d'exprimer mon désaccord avec elle sur au moins deux points.

En premier lieu, je trouve regrettable qu'elle soit contrainte d'exprimer sa légitime ambition sous la seule forme du dépôt d'une "motion". Une motion ! Je sais bien, les statuts... Mais n'est-il pas grand temps de revisiter justement ces statuts, dont on a pu mesurer les ravages depuis le congrès de Rennes ? La refondation du PS ne nécessite-t-elle pas d'abord et avant toute chose un changement radical de ses règles de fonctionnement ? Après quoi, bien sûr, nous pourrons débattre réellement des questions de fond, sans que les positions des uns ou des autres marquent leur appartenance à telle ou telle chapelle. Recherchons donc des modes de représentation dans les instances du parti plus simples et plus démocratiques.

Par ailleurs, quel besoin de rechercher un accord avec Bayrou, lui qui ne doit sa fugitive émergence qu'aux manœuvres de contournement de certains "socialistes" ? En revanche, il nous faut en effet tenter de récupérer les voix qui se sont égarées sur son nom, parce que je suis convaincu qu'il s'agit principalement de voix de gauche, dont on a volontairement organisé l'évasion pour faire délibérément perdre Ségolène Royal (et nous avec). Les vraies voix "centristes » ont toujours été et demeurent des voix de droite. Elles se sont portées comme toujours sur les anciens UDF, alliés de toujours de l’UMP. Plutôt que de chercher une alliance improbable avec un centre fantasmagorique, il nous appartient de ramener dans le giron de la gauche les électeurs qui l'ont provisoirement abandonnée.

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27 mai 2007

Analyse : pourquoi Sarkozy a gagné

par Claude Demelenne, Le Journal du Mardi, Lundi 21 mai 2007

« Pendant trop longtemps, la politique a été impuissante. Je veux le retour de la politique, a dit le candidat de la droite. Deux petites phrases essentielles. Deux petites phrases que Ségolène Royal aurait dû marteler pendant toute sa campagne. Elle ne l’a pas fait. Personne à gauche ne l’a fait. Parce qu’elle ne croit plus que la politique peut changer la vie ? Ce serait dramatique. Une bonne partie du peuple l’a compris ainsi : la gauche est impuissante ». Claude Demelenne s’interroge sur les raisons de la victoire de Nicolas Sarkozy et propose son diagnostic sur les erreurs commises par la gauche.

Le peuple français n’a pas rejeté Sarkozy. Au contraire, il l’a presque plébiscité. Même quand le leader de la droite dérapait : à peine 30% des Français ont condamné son escapade en jet et yacht privés - coût : 200.000 euros - sponsorisée par un pote milliardaire. Alors, le peuple est-il con ? Non. C’est la gauche française qui est nulle.

« Ainsi, en France, en l’an 2007, l’on peut faire voter les gens contre leurs intérêts. Cela fait de longues années que ça marche aux Etats-Unis, mais je croyais les Français plus aptes à la résistance... Est élu et bien élu quelqu’un qui a dit ce qu’il fera et qui fera en effet ce qu’il a dit. Il fera de beaux cadeaux aux entreprises transnationales du CAC 40, aux grandes fortunes et, dans une moindre mesure, aux classes moyennes. Tant pis pour les autres ». Les autres... qui ont souvent voté pour lui. Ce propos désabusé est celui de l’écrivaine française d’origine américaine - et cofondatrice d’Attac - Susan George. Celle-ci ne le dit pas, mais de beaux esprits le pensent : le peuple serait con. Irrémédiablement con. Facile. Une certaine gauche intellectuelle se dédouane de ses manquements en incriminant ce peuple manipulé qui se tire une balle dans le pied - et même dans les deux ! - en élisant Nicolas Sarkozy. Pourquoi le peuple, ou à tout le moins une bonne partie du peuple, a-t-il choisi Sarko ? Cinq types d’arguments. 1. Il parle clair. 2. Il va changer la politique. 3. Il va nous protéger. 4. Il va nous trouver du boulot. 5. Il est moderne. Tout est (presque) faux ? Peu importe. L’intérêt est de sonder les motivations de ce « maudit peuple ».

1. Il parle clair

Sujet, verbe, complément : c’est la phrase type de Sarkozy. Compréhensible par tous. Plus facile de tenir un discours limpide quand on accumule propos poujadistes et arguments simplistes sur mai 68, la gauche qui « prend le parti des voyous », l’immigration et l’identité nationale... ? Certes, car quiconque veut rendre compte de la complexité du monde ne peut fuir, comme Sarkozy, les analyses plus élaborées. Soyons pourtant de bon compte : pour l’essentiel - la baisse des impôts pour les riches, la quasi suppression des droits de succession, le gros bâton contre la délinquance... - Sarkozy a tenu un discours de droite cohérent. Programme incontesté dans son camp, idées claires. Ségolène Royal, elle, a tenu un discours de gauche cohérent... pendant quelques mois en 2006, lorsqu’elle montait dans les sondages et briguait l’investiture du PS face aux « éléphants ». Un discours de gauche cohérent, c’est-à-dire un discours ne faisant pas l’impasse, par exemple, sur la question sécuritaire (voir point 3), la nécessité d’un « ordre juste », certains effets pervers de la loi sur les 35 heures, appliquée de façon trop rigide... Hélas, Royal piétinait de la sorte des tabous de la gauche bien-pensante. Elle a donc été obligée, une fois intronisée comme porte-drapeau de son parti, de mettre beaucoup d’eau dans son (nouveau) vin rouge. Le discours est devenu plus hésitant, incohérent, inaudible parfois. Programme contesté dans son camp, idées brouillées. Le contraste était saisissant avec Sarkozy. Et avec la droite en général, rangée derrière le panache bleu-blanc-rouge de son champion.

Le peuple a voté Sarko et busé la gauche parce que l’un parlait clair et l’autre causait flou. L’un campait avec assurance et fierté sur ses « fondamentaux » - travail, famille, patrie, sécurité - l’autre doutait d’elle-même et de la pertinence de ses « solutions ». Ce n’est pas tellement Ségolène Royal qui doutait : lorsqu’elle était vraiment une femme « libre », avant d’être corsetée par son parti, elle a témoigné de beaucoup d’audace et de fermeté dans ses convictions. C’est plutôt la gauche dans son ensemble qui hésitait, ballottée entre les diatribes souvent déconnectées du réel de l’extrême gauche, la mollesse de l’aile droite « strauss-kahnnienne » ressassant l’urgence d’un « virage social-démocrate » accompli dans les faits depuis deux décennies, et l’angélisme des « bobos » pour qui l’insécurité n’est qu’un « sentiment », pratiquement un fantasme de « petits blancs » racistes et réactionnaires. Tiraillée entre ses multiples « chapelles », la gauche ne pouvait produire un parler simple et un parler vrai. Ségolène Royal était coincée entre deux démagogies : celle de la gauche dite radicale qui prétend défendre un « petit peuple » qui lui fait rarement confiance et est quasi absent dans ses meetings très « boboïsés » ; et celle de la gauche dite social-démocrate, qui n’a plus produit d’idée neuve et porteuse depuis belle lurette et tente de maquiller son libéralisme « social » sous un vernis de « modernité ». Malgré son évidente bonne volonté et sa détermination, Ségolène Royal ne pouvait parler clair. Elle ne pouvait donc, en toute logique, rallier à elle la majorité du peuple.

La gauche française ne pouvait séduire le peuple, car elle n’a plus de projet lisible et mobilisateur. « Mon projet n’est pas socialiste », avait dit Lionel Jospin en 2002. Ségolène Royal n’a pas prononcé la phrase qui tue. Mais les citoyens n’ont pas été dupes. Une gauche, toutes chapelles confondues, qui ne parle plus un langage de gauche a peu de chance de gouverner efficacement pour le peuple.

2. Il va changer la politique

Lors du grand débat télévisé Ségo-Sarko, la tirade la plus lourde de sens - et pourtant assez peu mise en exergue par les observateurs - a été prononcée par Nicolas Sarkozy. « Pendant trop longtemps, la politique a été impuissante. Je veux le retour de la politique », a dit le candidat de la droite. Deux petites phrases essentielles. Deux petites phrases que Ségolène Royal aurait dû marteler pendant toute sa campagne. Elle ne l’a pas fait. Personne à gauche ne l’a fait. Parce qu’elle ne croit plus que la politique peut changer la vie ? Ce serait dramatique. Une bonne partie du peuple l’a compris ainsi : la gauche est impuissante. Face aux délocalisations, aux inégalités, à la précarisation, à l’insécurité dans toutes ses facettes, elle n’a plus à opposer que ses bons sentiments. Mais elle tourne à vide. Nicolas Sarkozy a réussi à donner l’impression qu’il croyait toujours à la politique. Que celle-ci pouvait encore améliorer la vie des gens, malgré la mondialisation, malgré l’Europe, malgré l’éloignement des centres de pouvoir économique. Illusion ? Forcément, quand le candidat Sarkozy ne propose rien d’autre que d’appuyer sur l’accélérateur de l’ultralibéralisme, du détricotage du code du travail, de l’affaiblissement du contre-pouvoir syndical. Mais, habile à dérouler un écran de fumée quant à la vraie nature de son projet ancré à droite, Sarkozy a paradoxalement réussi à ... rendre ses lettres de noblesse à la politique. Il a su convaincre qu’il allait changer la politique. L’exploit n’est pas mince. Il explique largement pourquoi le sarkozysme connaît un tel engouement populaire.

Le 24 avril, Nicolas Sarkozy est en meeting à Rouen. Son discours est essentiellement consacré à l’économie. « Au prétexte que l’Etat providence ne peut plus fonctionner comme il y a quarante ans, il serait désastreux de décréter que l’Etat ne doit plus s’intéresser à l’économie, qu’il ne doit plus jamais intervenir, que le marché a toujours raison et qu’il doit décider seul, qu’il doit laisser faire et laisser passer, explique-t-il. Depuis vingt ans, nous avons déjà trop cédé sous l’effet de notre propre renoncement et du renoncement de l’Europe ». Sarkozy poursuit, dans la même veine volontariste : « A une France si éprouvée par les restructurations industrielles, je veux dire que je n’accepte pas l’idée d’une désindustrialisation inévitable. Je n’accepte pas l’idée d’une France sans usines. Je n’accepte pas l’idée d’une France sans ouvriers, sans paysan, sans artisan. Je n’accepte pas l’idée d’une France qui se contenterait de répondre à la mondialisation en investissant dans la haute technologie et les services à forte valeur ajoutée, et qui laisserait tomber tout le reste... Si l’on ne fait rien..., si l’on continue d’accepter les dumpings sociaux, écologiques, monétaire, fiscaux, si l’on continue d’accepter la concurrence déloyale, l’Europe finira par devenir un désert industriel et un désert agricole avant de devenir un désert économique ». Sa conclusion ne doute de rien : « Je veux être le président qui moralisera le capitalisme financier, qui donnera la primauté à la logique de la production sur la logique financière, qui donnera la primauté à l’entrepreneur et au travailleur sur le spéculateur, qui mettra un terme au scandale des parachutes en or. Je veux être le président qui protégera le capitalisme familial par rapport au capitalisme boursier... On dira que c’est impossible, mais pour la pensée unique, tout est toujours impossible ».

Ce discours du 24 avril résume la démarche de Sarkozy. Et sa pédagogie de l’anti-renoncement : il a fait passer le message qu’avec lui, la politique pourrait à nouveau changer la vie des gens. Et même le monde. Il l’a fait en utilisant les mots de la gauche. Ou plutôt, les mots qui étaient ceux de la gauche lorsqu’elle parlait encore au cœur du peuple : « ouvriers, usines, artisans, paysans... ». Il y a longtemps que la gauche française ne s’adresse plus aux ouvriers. Elle n’ose même plus prononcer le mot. Pour un bobo, l’ouvrier est un extra-terrestre. En 2002, il avait fallu que le « vieux » Pierre Mauroy déboule dans la campagne pour rappeler à Jospin qu’il fallait aussi s’adresser aux ouvriers. Reste l’humanisme de la gauche. Un humanisme largement désincarné. « Les dirigeants du PS sont de grands bourgeois humanistes qui s’intéressent aux exclus, en passant par-dessus la tête de leur électorat, les ouvriers, les employés, les classes moyennes », écrivait la semaine dernière Jean Daniel, dans le Nouvel Observateur. Une gauche qui tourne le dos à sa base et lui transmet le message subliminal qu’elle n’est plus en état d’améliorer ses conditions de vie ne pouvait gagner face à Nicolas Sarkozy, l’homme du « retour de la politique ». Une politique de droite. Mais une politique, bien emballée qui, pour l’heure, fait illusion. La gauche française ne parvient même plus à faire illusion.

3. Il va nous protéger

Pour une grande part, Sarkozy a gagné parce qu’il est apparu comme le champion de la lutte contre l’insécurité. Une auréole fort surfaite : Sarko était le ministre de l’Intérieur sortant. Il porte donc une responsabilité réelle dans l’insécurité existante. Mais lui, contrairement à une fraction de la gauche - celle qui s’exprime le plus spectaculairement dans les médias - n’a jamais sous-estimé le malaise grandissant de la population face à la hausse des actes de violence visant des personnes. Une certaine gauche droit-de-l’hommiste donne le ton, en France, depuis longtemps. Cette gauche, volontiers angélique, hurle au fascisme dès qu’un responsable politique parle sanction et répression. C’est cette gauche-là qui a commencé à mettre Ségolène Royal au pilori quand elle a osé évoquer des solutions alternatives à la prison - et, souvent, à la non-sanction - pour les jeunes délinquants multirécidivistes : des travaux d’intérêt collectif, dans des centres ou des camps ad hoc, au besoin avec un encadrement militaire. C’est cette même gauche qui a diabolisé et lepénisé Nicolas Sarkozy quand il a promis aux habitants des banlieues de les « débarrasser de la racaille ». Terrible erreur : 95% des Français, en ce compris bien entendu beaucoup d’habitants des cités dites « difficiles », soutenaient Royal et Sarkozy quand ils formulaient leurs propositions sécuritaires.

Quand Olivier Besancenot, le plus brillant porte-parole de la gauche radicale, stigmatise le « programme ultra-sécuritaire » du gouvernement Fillon, il démontre qu’il n’a rien compris des aspirations des classes populaires qu’il prétend représenter. « Ne devrait-on pas s’interroger sur l’effet différé des émeutes de novembre 2005 dans les banlieues, largement présentées comme un mouvement social, alors que les participants étaient minoritaires et les cibles choisies ineptes, se demande Didier Peyrat, auteur de Face à l’insécurité : refaire la cité (éd.Buchet-Chastel). 2007, c’est aussi le vote contre les bagnoles détruites, les écoles incendiées, les caillassages de sapeurs pompiers... La crise du vivre ensemble est aussi importante que la crise sociale dans la société. Une politique de transformation doit faire avec le besoin de sécurité ». Une partie de la gauche française a négligé ce besoin de sécurité. En diabolisant Sarkozy parce qu’il tenait un discours sécuritaire, elle lui a finalement rendu service. Les citoyens, même de gauche, qui étaient en gros d’accord avec ce discours sécuritaire, se sont sentis à leur tour insultés par les propos moralisateurs de la gauche angélique. Et certains d’entre eux ont accordé leurs voix au candidat de la droite.

Quelle erreur de focaliser l’essentiel des attaques contre Sarkozy sur son programme sécuritaire ! Il fallait l’attaquer prioritairement par un autre bout : son programme fiscal imbuvable et inégalitaire, par exemple. Les mesures coûteuses pour les moins aisés, adoptées par tous les gouvernements de droite auxquels il a appartenu. Sa volonté de faire de beaucoup de travailleurs des « working poors ». Mais la gauche angélique a préféré le slogan imbécile : tout sauf Sarkozy, ce quasi facho qui va attaquer nos libertés et martyriser les jeunes des cités. Slogan absurde : pendant les émeutes des banlieues, en 2005, il n’y a pas eu un seul - pas un seul ! - dérapage sanglant des forces de l’ordre. Et Sarkozy était bel et bien ministre de l’Intérieur. Il a tenu ses troupes. Il n’y a pas eu de bavure. Une chose est de combattre les choix de Sarkozy - notamment son démantèlement de la police de proximité - une autre chose est de le peindre en brute obsédée par le matraquage bête et méchant.

Face aux exagérations et au blabla anesthésiant de la gauche droit-de-l’hommiste, Sarkozy est apparu comme l’homme qui allait protéger le peuple. Un comble, car la droite a toujours insécurisé socialement le peuple ! Et elle continuera avec Sarkozy, quand le nouveau président donnera comme mission à ses seconds de tripatouiller le code du travail.

4. Il va nous trouver du boulot

Toutes les politiques, de droite comme de gauche, ont échoué contre le chômage. « On a tout essayé contre le chômage », a dit François Mitterrand, à la fin de son second mandat. Pourquoi Sarkozy serait-il davantage crédible, lorsqu’il promet « le plein emploi dans cinq ans » ? Pas sûr que ceux qui ont voté pour lui, soient eux-mêmes convaincus qu’il tiendra sa promesse. Mais ils ont envie d’y croire. Parce que l’homme donne l’impression de croire à fond dans les vertus de son programme libéral pur jus. La gauche, elle, donne le sentiment de ne croire qu’à moitié dans les qualités de son programme social-libéral hyper light. Pas de quoi faire rêver. Pas de quoi susciter l’adhésion. « Je n’accepte pas l’idée d’une France sans ouvriers, sans paysans, sans artisans ». Cette phrase de Sarkozy aurait dû être un jingle des leaders de la gauche. Ils ne l’ont jamais prononcée. Le peuple n’est pas con parce qu’il a envie d’espérer, de rêver. Le rôle du politique, c’est aussi de faire rêver à un avenir meilleur. La gauche française a tellement souvent été à côté de la plaque, elle s’est tellement coupée des attentes populaires, qu’elle a cessé de faire rêver. Bien sûr, du rêve à la réalité, il y a une marge. Et le retour au réel risque d’être brutal pour ceux qui auront cru que Sarkozy détenait la potion magique pour vaincre toutes les insécurités, face au chômage, aux inégalités, à la délinquance... Mais Sarkozy a su, au moins, apparaître comme un homme politique qui n’acceptait pas la fatalité, là où la gauche est apparue comme une force sur la défensive, incapable de résister aux méfaits de l’ultra-capitalisme. Un comble !

5. Il est moderne

La vieille droite se la joue moderne. Un comble, également ! Mais cela fonctionne. Au-delà du style Sarkozy - la foulée du joggeur Sarko importe peu au Rmiste à la limite du seuil de pauvreté - il y a, une fois de plus, les erreurs de positionnement de la gauche, tellement énormes qu’elle font le lit d’une droite du coup rajeunie. La gauche fait preuve d’anti-modernité par excellence quand elle balaie d’un revers de la main les soucis légitimes des citoyens. Fait minuscule, mais significatif : en plein cœur de la campagne électorale, le quotidien Libération publie un long argumentaire sur le thème : « Dix bonnes raisons de ne pas voter Sarkozy ». Quatre des cinq premières raisons se rapportent peu ou prou à « l’horreur sécuritaire » qu’incarnerait Sarkozy. Et la première raison de ne pas voter Sarko porte sur le fait qu’il veut être plus sévère avec les mineurs multirécidivistes. C’est le sommet de la ringardise de gauche : refuser de mieux protéger la société ; refuser, également, de mieux protéger une petite minorité de jeunes contre eux-mêmes. Car tous les pédagogues le diront : plus immédiate et plus « sérieuse » sera la première sanction, mieux le jeune aura la chance de prendre conscience de la gravité de son acte et de réussir sa réinsertion dans la société. Une société souvent injuste envers lui, une société qui ne lui prépare pas un avenir radieux avec Sarkozy. Mais une société inégalitaire qu’il pourra combattre de façon plus intelligente qu’en minant la vie quotidienne d’autres victimes du capitalisme cher aux amis patrons de Sarkozy-le-faux-moderne.

Le peuple n’est pas con parce qu’il se détourne d’une gauche faible et conformiste. Si demain, un Sarkozy de gauche déboule dans le paysage politique français, le Sarkozy actuellement à l’Elysée n’aura qu’à bien se tenir. Nous n’en sommes, cependant, pas encore là !

Pourquoi la gauche belge résiste (mieux)

La gauche française vient de perdre le scrutin présidentiel pour la troisième fois consécutive. Et cela, après une longue période d’opposition. En Belgique, la gauche socialiste est au pouvoir depuis presque vint ans, sans interruption. Et, globalement, au vu des derniers scrutins, elle résiste. Malgré certaines « affaires » bien encombrantes. Paradoxal ? Pas nécessairement. Parce que la gauche belge apparaît moins figée que son équivalent français. Elle a, par exemple, réussi son ouverture aux populations d’origine immigrée. En France, c’est Sarkozy qui choisit Rachida Dati, né d’un père marocain et d’une mère algérienne, comme ministre de la Justice. Il n’existe pas, au PS de François Hollande, de Rachida Dati socialiste. Chez nous, c’est le PS d’Elio Di Rupo qui compte dans ses rangs de nombreux élus - et ministres - d’origine maghrébine. Les leaders socialistes belges ne sont pas, comme leurs camarades français, de grands bourgeois coupés du réel. Ils connaissent la vie dans les quartiers pauvres, parce qu’ils sont très présents sur le terrain - et pas seulement grâce au « clientélisme » qui, n’en déplaise aux libéraux et aux écologistes, n’est pas à proscrire sous toutes ses formes. Dans la gauche belge, l’information remonte mieux de la base au sommet : et pour cause, un grand nombre de parlementaires, et bien sûr d’échevins et de conseillers communaux, vivent quotidiennement au cœur de la population. Dans le domaine sécuritaire, la gauche belge n’a jamais fait preuve d’angélisme. Et pour cause là aussi : dans les communes, le bourgmestre - souvent socialiste, en Wallonie - est le chef de « sa » police. Et il entend qu’elle soit respectée. Enfin, la gauche belge apparaît plus moderne. Elle a réussi à combiner défense de l’Etat providence - la sécurité sociale - et avant-gardisme sociétal - droit de vote pour tous, mariage gay, légalisation de l’euthanasie...


Source : http://contreinfo.info (Publication originale Le Journal du Mardi, via Mouvements)

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Analyse : la campagne en quatre actes par CSA

L’institut CSA qui a suivi la campagne grâce à un baromètre ayant permis 7 synthèses mensuelles a fait circuler un condensé de ses observations sous forme d’une "pièce en quatre actes".

Conclusions intéressantes car elles infirment la plupart des hypothèses aujourd’hui convoquées par les socialistes pour analyser leur résultat.

CSA contredit en particulier nettement les trois hypothèses suivantes :
- La très large victoire de Nicolas Sarkozy prouverait une droitisation de la société française
- Ségolène Royal a perdu car elle a été « plombée » par le programme économique et social que lui imposait le PS
- La « centrisation » était et est encore attendue par les électeurs de gauche et c’est pour ne pas l’avoir effectuée assez nettement que Ségolène Royal a perdu.

Par ailleurs, comme le souligne l’institut, ce constat ne prend pas parti dans le débat sur la "radicalisation" ou "l’ouverture au centre" qui va désormais agiter la gauche.

Ce document a été préparé en réalisant un collage des baromètres mensuels BVA-BFM-Les Echos.

ACTE I – OCTOBRE-NOVEMBRE 2006, LUTTE INTERNE AU PS, ROYAL ECRASE SES CONCURRENTS MAIS PERD DU TERRAIN DEBATS APRES DEBATS ET REALISE UN GRAND ECART IMPOSSIBLE A TENIR DANS LA SOCIOLOGIE DE SES SOUTIENS

ACTE I / SCENE 1 - 9 OCTOBRE 2006 : Royal écrase ses deux concurrents socialistes sur tous les enjeux économiques de la campagne mais on observe déjà de lourdes contradictions dans la sociologie de ses soutiens

Ségolène Royal l’emporte nettement sur les enjeux économiques majeurs de la campagne à chaque fois, sauf sur la fiscalité et la réduction de la dette où DSK fait presque jeu égal.

Surtout, elle parvient à écraser ses deux concurrents auprès des sympathisants socialistes : l’écart moyen observé entre Ségolène Royal et son second, DSK, est de 22 points et culmine même à plus de 30 points sur la création d’emplois et les retraites, deux des enjeux jugés les plus importants par les Français comme les sympathisants socialistes.

Plus surprenant, elle bénéfice d’une image beaucoup moins « droitière » que supposé : elle est ainsi nettement préférée à Laurent Fabius par les sympathisants d’extrême-gauche et les catégories populaires, y compris sur les thèmes chers à l’ancien Premier ministre du pouvoir d’achat (44% contre 25%), des retraites (50% contre 16%), et du financement de l’assurance maladie (45% contre 20%). Réciproquement, DSK est plus apprécié qu’elle par les sympathisants de droite et leurs catégories habituelles de soutien.

Nul doute qu’avant le choix des militants socialistes, une telle domination et un tel marquage à gauche ne pourront être que profitable à Ségolène Royal.

Tout lui sourit à tel point que, sur un thème comme la durée du temps de travail, elle réussit même le tour de force de satisfaire des publics aux aspirations aussi contradictoires que les sympathisants de droite (30% contre 28% lui font plus confiance qu’à DSK), ceux du PS (58% contre 19% à DSK) et ceux d’extrême-gauche (45% contre 24% à Laurent Fabius).

Il lui sera toutefois difficile de ne pas décevoir les uns ou les autres à mesure que la campagne politique avancera et qu’elle devra plus clairement prendre position sur chacun des grands sujets.

ACTE I / SCENE 2 - 6 NOVEMBRE 2006 : à la veille du dernier débat, Royal domine toujours largement mais perd du terrain au profit de DSK et ne s’avère pas aussi en phase que Fabius avec les attentes du « peuple de gauche » concernant l’Europe

La présidente de Poitou-Charente perd du terrain sur tous les enjeux testés auprès des Français (de -2 points à -8 points par rapport à octobre) comme auprès des sympathisants socialistes (de zéro à -7 points). Le principal bénéficiaire de cette érosion de Ségolène Royal est Dominique Strauss-Kahn : tandis qu’elle perd en moyenne 4 points auprès des sympathisants socialistes sur ces 9 enjeux économiques majeurs, l’ex-ministre de l’Economie en gagne 6.

Comme sur l’économie, le palmarès des enjeux d’avenir liés à l’Europe et au monde voit Ségolène Royal dominer Dominique Strauss-Kahn et « écraser » Laurent Fabius. En moyenne sur les 9 thèmes investigués, Ségolène Royal est privilégiée par 45% des sympathisants socialistes, DSK par 30% et Laurent Fabius par 13%. Comme sur l’Economie, ce dernier est systématiquement jugé le moins crédible sur tous les thèmes investigués. Et pourtant, il est, de loin, celui dont les positions sur l’Europe se rapprochent le plus de celles des Français (37%, contre 29% à Royal et 13% à Strauss-Kahn), et surtout des sympathisants socialistes (51% contre 28% et 13%).

Le fait que cet avantage structurel de l’ex-premier ministre – conféré par sa position en faveur du non lors du référendum sur le TCE – ne se traduise absolument pas pour le moment en termes de crédibilité s’explique largement par la difficulté qu’à Laurent Fabius à convaincre de la sincérité de son « nouveau » positionnement politique de ces deux dernières années.

Il lui sera donc sans doute difficile d’en convaincre les adhérents socialistes au cours des 10 prochains jours.

ACTE II - DECEMBRE-JANVIER, ENTREE EN CAMPAGNE : ROYAL PRESUMEE SOCIALE DOMINE SARKOZY PRESUME COMPETENT EN ECONOMIE, MAIS ELLE PEINE A RASSEMBLER SON CAMP

ACTE II / SCENE 1 : 6 DECEMBRE 2006, alors que Sarkozy la domine sur les enjeux économiques, Royal le devance sur l’enjeu prioritaire des Français, le social.

Royal domine son rival sur les enjeux sociaux ; légèrement concernant sa capacité à réduire le chômage (42% contre 37% ; différentiel de 5 points) et de façon écrasante concernant sa capacité à « mener une politique sociale juste » (57% contre 27% ; différentiel de 30 points).

Elle est en revanche systématiquement dominée par Nicolas Sarkozy sur tous les enjeux économiques. L’ex-Ministre de l’Economie est ainsi jugé nettement plus capable de réduire la dette et les déficits publics (45% contre 35%), sensiblement plus capable de favoriser la croissance économique en France (44% contre 38%), et donc, globalement plus capable de mener une politique économique efficace (43% contre 39%). Les sympathisants de chaque camp plébiscitent logiquement leur « poulain », mais ceux du PS sont tout de même en moyenne 3 fois plus nombreux (21% contre 8%) que ceux de droite à opter, en ces domaines, pour le candidat de « l’autre bord ».

Comme elle vient de l’entreprendre sur le volet International avec son voyage au Moyen-Orient, il serait important pour Ségolène Royal de pouvoir faire entendre de façon claire et audible ses propositions en matière économique afin d’éviter que son adversaire ne prenne durablement une nette avance sur elle sur un sujet clé pour l’élection à venir.

Inversement, Nicolas Sarkozy doit poursuivre sa stratégie d’euphémisation de ses positions – au-delà de la seule transformation de son slogan de la « rupture » à la « rupture tranquille » – afin de paraître plus « humain » sur le plan social et de moins « inquiéter ». Tels sont sans doute quelques uns des défis qu’ils auront à relever dans les mois à venir s’ils veulent convaincre et faire la différence.

ACTE II / SCENE 2 : 16 JANVIER 2007 Royal est jugée plus convaincante que Sarkozy sur le logement mais peut pâtir de ne pas avoir suivi Hollande sur ses hausses d’impôts

Après avoir longtemps laissé le champ libre à N. Sarkozy sur la question du logement, S. Royal aura finalement été plus convaincante que lui sur le sujet puisque 43% des Français contre 35% lui font plus confiance pour traiter efficacement le problème du logement.

Au niveau sociologique, la candidate socialiste réussit le tour de force de dominer très nettement (écarts compris entre 10 et 20 points) son adversaire dans toutes les catégories sociales.

Mais, dans les semaines à venir, chacun des candidats devra parvenir à fédérer son camp et à convaincre les indécis.

Or, dans ce contexte, Ségolène Royal pourra peut-être regretter d’avoir donné l’impression de désavouer les orientations fiscales souhaitées par son compagnon, François Hollande.

L’augmentation des impôts des personnes gagnants plus de 4000 € net par mois voulue par le premier secrétaire du PS est en effet approuvée par une courte majorité de Français (50% contre 46%) mais parvient surtout à fédérer une très large majorité de sympathisants socialistes et, plus globalement des partis de gauche (64% contre 33%). Bien entendu la mesure est clivante au niveau sociologique (les ouvriers y adhérent à 66% ; les cadres et professions libérales y sont hostiles à 60%), mais elle permet justement en cela de donner des gages ou des signes à un électorat populaire se défiant traditionnellement du PS (ou l’inverse).

A l’instar de ce qu’a d’ores et déjà réussi Nicolas Sarkozy au sein de l’électorat de droite, c’est peut-être avec des annonces de ce type – polémiques et clivantes – que Ségolène Royal parviendra à fédérer un électorat potentiel, pour l’heure, encore très volatil.

ACTE III – FEVRIER-MARS, VILLEPINTE CONSACRE UN BON PROGRAMME MAIS UN INTERPRETE NE PARVENANT PAS A PROPOSER UNE ORIENTATION ECONOMIQUE ET SOCIALE CLAIRE ET LISIBLE. ROYAL DECOIT PEU A PEU LES SYMPATHISANTS DE GAUCHE ET LES CATEGORIES POPULAIRES

ACTE III / SCENE 1 : 13 FEVRIER 2007, Les grandes mesures économiques et sociales présentées à Villepinte sont largement approuvées, mais c’est le programme économique et social de Nicolas Sarkozy qui est jugé le meilleur.

Les principales mesures économiques et sociales issues des 100 propositions qu’elle a présentées étant non seulement appréciées mais jugées positives pour l’économie française par une large majorité de Français :

La hausse de 5% des petites retraites, l’obligation faite aux entreprises de rembourser les aides accordées par l’Etat en cas de délocalisation et le « bouclier logement » (…) sont des mesures plébiscitées par 8 Français sur 10 (87%, 79% et 81%) qui les jugent économiquement efficaces.

Tout aussi populaires à gauche mais un peu moins auprès de l’ensemble des Français, la création de l’allocation autonomie pour les jeunes (64% au global et 79% auprès des symp. de gauche) et la hausse du SMIC à 1500 € (65% et 82%) sont des mesures jugées positives pour l’économie.

Pourtant, malgré ce « grand oral » réussi par Ségolène Royal, le programme économique et social de Nicolas Sarkozy est jugé meilleur que le sien.

L’avantage du candidat de l’UMP est certes mince – 36% contre 33% – mais est problématique, s’agissant d’un domaine où un candidat de gauche bénéficie habituellement dans l’opinion d’un crédit supérieur à son adversaire de droite.

La campagne ne fait que commencer et Ségolène Royal vient tout juste de présenter son programme. Elle a encore largement le temps de reprendre l’avantage sur son adversaire dans ce domaine et y aurait sans doute plus intérêt qu’à l’attaquer sur « son » terrain de prédilection, l’autorité.

Pour y parvenir, il faudrait et suffirait que la candidate du PS poursuive sa démarche de (re)conquête de son électorat : Un quart des sympathisants de gauche jugent actuellement que les politiques économique et sociale proposées par Nicolas Sarkozy (11%) ou François Bayrou (14%) seraient meilleures que la sienne.

ACTE III / SCENE 2 : 29 MARS 2007, pour la deuxième vague de notre indicateur de performance économique et sociale comparée, Royal perd systématiquement du terrain, notamment auprès des ouvriers, mais domine toujours Sarkozy sur les enjeux sociaux

Si Ségolène Royal apparaît toujours plus capable que Nicolas Sarkozy de rassurer les Français sur les sujets « sociaux » – réduction du chômage (44% contre 42%) et surtout capacité à mener une politique sociale juste (57% contre 33%) –, son avance s’est érodée en l’espace de trois mois. Alors que le différentiel Royal – Sarkozy sur ces sujets était de respectivement +5 points et +30 points en faveur de la candidate socialiste en décembre, il n’est plus que de +2 et +25 aujourd’hui.

Parallèlement, le retard de Ségolène Royal sur Nicolas Sarkozy en ce qui concerne sa compétence économique perçue s’est nettement accentué durant cette même période : l’avantage à Nicolas Sarkozy en ces domaines était en moyenne de +7 points, il est désormais de +12 points.

La campagne du candidat de l’UMP sur le front économique et social apparaît donc pour l’heure plus efficace et convaincante que celle de son adversaire socialiste. Un simple indice synthétique global de performance comparée des deux candidats sur ces 5 enjeux (somme des scores de l’un « moins » somme des scores de l’autre) le montre bien : cet indice s’établissait à +15 pour Ségolène Royal en décembre, il est maintenant de +9 en faveur de Nicolas Sarkozy ; soit 24 points de glanés par le candidat de l’UMP en trois mois.

Ce sont les évolutions observées auprès des ouvriers qui expliquent le plus ce redressement de Nicolas Sarkozy ou cet effondrement de Ségolène Royal : Sur les trois enjeux purement économiques ainsi que sur la capacité des candidats à réduire le chômage, Ségolène Royal devançait Nicolas Sarkozy de 57 points d’indice en décembre auprès des ouvriers ; elle ne le devance plus que d’1 point aujourd’hui.

Pourtant, la prééminence des enjeux sociaux sur les enjeux économiques avantage toujours la candidate socialiste Les enjeux majeurs de cette campagne pour les Français étant bien plus sociaux qu’économiques, il convient de relativiser la domination globale de Nicolas Sarkozy sur ceux-ci. Ainsi, la capacité d’un candidat à réduire le chômage (1ère attente avec 60% de citations) et à mener une politique sociale juste (2ème cité avec 42%) sont des enjeux nettement plus importants aux yeux des électeurs que les trois autres enjeux économiques testés (respectivement 32%, 28% et 23% de citations). Or, Ségolène Royal est toujours dominante sur ces enjeux prioritaires, même si elle est en forte baisse par rapport à décembre (Cf. supra). La baisse enregistrée par Ségolène Royal sur ces enjeux prioritaires, tout particulièrement auprès des ouvriers, devrait sans doute inciter la candidate à réorienter son action et son discours dans cette voie, plutôt que dans celle de l’identité nationale, ou de l’insécurité, sujets nettement moins prioritaires pour les électeurs et sur lesquels Nicolas Sarkozy la domine structurellement.

C’est en effet sur ce champ social et tout particulièrement auprès des catégories populaires que Ségolène Royal a le plus de possibilités de gains électoraux. Son récent rattrapage de Nicolas Sarkozy dans nos intentions de vote (+3 points au 1er comme au 2nd tour) en témoigne assez bien, celui-ci s’expliquant essentiellement par une forte progression (+6 points) auprès des catégories populaires du fait de l’actualité médiatique de ces sujets (Airbus, Alcatel- Lucent, manifestation des enseignants, etc.)

ACTE IV – AVRIL 2007, A J-10, SARKOZY ECRASE ROYAL SUR NOS INDICATEURS DE PERFORMANCE ECO ET SOCIALE ALORS QUE LES MESURES DU PS SONT PREFEREES A CELLES DE L’UMP

ACTE IV / SCENE 1 : 26 AVRIL 2007, 1er VOLET, la course au centre de Royal déçoit les catégories populaires et les sympathisants de gauche et permet à Sarkozy d’accentuer encore sa crédibilité sur le plan économique et social

Si S. Royal apparaît toujours bien plus capable (59% contre 33%) que N. Sarkozy de mener une politique sociale juste (…), elle est nettement devancée par ce dernier sur les 4 autres enjeux testés.

Le baromètre consacre même un renversement de tendance spectaculaire sur l’enjeu majeur de cette élection (1ère attente avec 60% de citations le mois dernier), le chômage.

Alors que sur ce thème, perçu comme social et habituellement plus favorable à la gauche, Ségolène Royal dominait Nicolas Sarkozy de 5 points en décembre dernier, et encore de 3 points il y a un mois, il la devance désormais de 13 points (48% contre 35%) !

Des gains comparables (16 à 20 points d’indice depuis décembre) sont enregistrés par Nicolas Sarkozy concernant sa capacité à mener une politique économique efficace (56% contre 32%), à favoriser la croissance (56% contre 31%) et à réduire la dette et les déficits (55% contre 29%).

Dans la période actuelle de « course au centre », deux autres informations sont intéressantes :
- Le recul de Ségolène Royal s’explique essentiellement par une démobilisation du noyau dur de l’électorat populaire et de gauche au fur et à mesure de la campagne : Seulement 61% des sympathisants de gauche la jugent plus crédible que Nicolas Sarkozy en moyenne sur nos 5 indicateurs (73% en déc.), et seulement 57% spécifiquement sur le chômage (74% en déc.). Inversement, Nicolas Sarkozy est plébiscité par 77% des sympathisants de droite au niveau global et par 76% d’entre eux en ce qui concerne spécifiquement le chômage.
- Les électeurs de François Bayrou, par ailleurs déjà sensiblement plus enclins à un vote Royal que Sarkozy sont tout aussi sévères à l’égard de cette dernière que la moyenne des Français concernant sa crédibilité économique et sociale. Il serait donc bien difficile et pas forcément « rentable », du fait de la démobilisation de l’électorat de gauche que cela pourrait induire, de trop en faire dans la conquête des voix centristes. D’ores et déjà, les électeurs de l’extrême gauche ne sont que 58% à la juger la plus crédible sur les enjeux testés, ce qui explique peut-être que plus d’un tiers d’entre eux n’envisage pas pour le moment de voter pour elle au second tour (BVA Orange du 24 avril)…

ACTE IV / SCENE 2 : 26 AVRIL 2007, 2ème VOLET, Royal perd contre Sarkozy alors que le programme économique et social du PS est jugé bien meilleur que celui de l’UMP

Les principales mesures économiques et sociales prônées par Nicolas Sarkozy suscitent presque toutes l’adhésion d’une majorité de Français, à l’exception notable « du non remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant en retraite » (53% contre 43% y sont opposés). 64% des Français se déclarent favorables aux 5 mesures testées et 69% sont favorables à une majorité d’entre elles.

Mais les mesures économiques et sociales proposées par Ségolène Royal suscitent toutes au minimum l’adhésion de plus des deux tiers des Français (minimum 68% d’avis favorables sur le SMIC à 1500 €) et en moyenne de plus des trois quarts d’entre eux (76%).

Même des mesures que certains pensaient impopulaires, comme « la hausse de l’IR pour les plus hautes tranches » (72%) ou qui ont été parfois présentées comme trop autoritaires, comme « la reprise des aides versées aux entreprises délocalisant » (81%) suscitent une très forte adhésion.

Très populaires auprès des Français (76%) ces mesures semblent très mobilisatrices pour les sympathisants de gauche (86%) tout en étant fort appréciées des électeurs de François Bayrou (77%). Ces derniers sont d’ailleurs plus nombreux (77% contre 66%) à soutenir les mesures du « pacte présidentiel » que celles du programme de Nicolas Sarkozy.

C’est donc sans doute davantage dans son programme, et son ancrage à gauche, que dans sa personnalité et son ouverture plus forte au centre que résident les principaux atouts de Ségolène Royal.

Source : betapolitique.fr

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26 mai 2007

Toyota et Ségolène

Lu dans le Monde daté du 26 un intéressant article sur la bonne gestion de Toyota, pas si éloignée des principes avancés par Ségoléne Royal.

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Tocqueville toujours d'actualité

Lu sur Désirs d'Avenir, judicieusement choisi par benflasherbe, cet extrait de "De la Démocratie en Amérique" d'Alexis de Tocqueville :

« Il y a un passage très périlleux dans la vie des peuples démocratiques.

« Lorsque le gout des jouissances matérielles se développe chez un de ces
peuples plus rapidement que les lumières et que les habitudes de la liberté,
il vient un moment où les hommes sont emportés et comme hors d’eux-mêmes, à
la vue de ces biens nouveaux qu’ils sont prêts à saisir. Préoccupés du seul
soin de faire fortune, ils n’aperçoivent plus le lien étroit qui unit la
fortune particulière de chacun d’eux à la prospérité de tous. Il n’est pas
besoin d’arracher à de tels citoyens les droits qu’ils possèdent ; ils les
laissent volontiers échapper eux-mêmes(…)

« Si, à ce moment critique, un ambitieux habile vient à s’emparer du
pouvoir, il trouve que la voie à toutes les usurpations est ouverte. Qu’il
veille quelque temps à ce que tous les intérêts matériels prospèrent, on le
tiendra aisément quitte du reste. Qu’il garantisse surtout le bon ordre. Les
hommes qui ont la passion des jouissances matérielles découvrent d’ordinaire
comment les agitations de la liberté troublent le bien-être, avant que
d’apercevoir comment la liberté sert à se le procurer ; et, au moindre bruit
des passions politiques qui pénètrent au milieu des petites jouissances de
leur vie privée, ils s’éveillent et s’inquiètent ; pendant longtemps la peur
de l’anarchie les tient sans cesse en suspens et toujours prêts à se jeter
hors de la liberté au premier désordre.

« Je conviendrai sans peine que la paix publique est un grand bien ; mais je
ne veux pas oublier cependant que c’est à travers le bon ordre que tous les
peuples sont arrivés à la tyrannie. Il ne s’ensuit pas assurément que les
peuples doivent mépriser la paix publique ; mais il ne faut pas qu’elle leur
suffise. Une nation qui ne demande à son gouvernement que le maintien de
l’ordre est déjà esclave au fond du cœur ; elle est esclave de son
bien-être, et l’homme qui doit l’enchaîner peut paraître. (…)

« Il n’est pas rare de voir alors sur la vaste scène du monde, ainsi que sur
nos théâtres, une multitude représentée par quelques hommes. Ceux-ci parlent
seuls au nom d’une foule absente ou inattentive ; seuls ils agissent au
milieu de l’immobilité universelle ; ils disposent, suivant leur caprice, de
toutes choses, ils changent les lois et tyrannisent à leur gré les mœurs ;
et l’on s’étonne en voyant le petit nombre de faibles et d’indignes mains
dans lesquelles peut tomber un grand peuple…

« Le naturel du pouvoir absolu, dans les siècles démocratiques, n’est ni
cruel ni sauvage, mais il est minutieux et tracassier. »

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25 mai 2007

Refondation de la gauche 3 (une analyse intéressante de Jean-Pierre Chevènement)

Dans un entretien à paraître en juin dans la revue Utopie critique, Jean-Pierre Chevènement dessine les grandes lignes de la refondation de la gauche.

Extraits de l'entretien :
« Ségolène Royal, pendant sa campagne électorale, a cherché une mise à niveau du PS dans l'urgence. Je l'y ai aidée de mon mieux et je continuerai à le faire, non pas en direction d'une ouverture « centriste » qui n'avait qu'un intérêt tactique entre les deux tours, mais en vue de créer un grand parti de gauche, ancré dans les couches populaires, capable de gouverner et donc structuré par un logiciel républicain.
Il n'y a pas d'autre alternative. La social-démocratie en France n'a pas de sens en raison de l'émiettement syndical et de la tradition de séparation entre le politique et le syndical qui remonte à la Charte d'Amiens (1902). La jeunesse pourra alors s'engager dans ce grand parti de gauche qui est à construire avec elle.
Avec le MRC, je l'aiderai de mon mieux à trouver ses repères. Aucun parti de gauche ne peut se passer d'une grille de lecture du monde. Comprendre le monde pour le transformer, pour changer les règles du jeu de la mondialisation libérale reste un préalable à toute refondation réussie de la gauche française. »

(...)

« La gauche qui se dit antilibérale doit cesser de jeter l'ostracisme sur l'idée républicaine, comme elle l'a fait dans la dernière période. Nous avons toujours lutté pour aider la gauche à lutter contre ses mauvais démons : il y a urgence à redresser ses analyses sur des sujets essentiels comme la nation, l'Europe, la sécurité, les rapports avec les pays du Sud.
Il faut rompre avec les visions angéliques ou laxistes qui ont plombé la gauche face à N. Sarkozy : celui-ci a su récupérer et détourner des valeurs républicaines que la gauche n'aurait jamais dû laisser tomber en déshérence. C'est par ce combat idéologique intransigeant dans la gauche elle-même que commencera la reconquête. Rien n'est perdu. Tout est à reprendre. »

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22 mai 2007

Refondation de la gauche 2 (la politique et le rêve)

Lu sur le blog Héron Gris cette tribune libre écrite par Campagnol le 21 mai 2007 (citée sur Désirs d’Avenir par myosotisbasq) :

« Les rêves nous aident à vivre.

Je m'appelle Jean, j'ai 35 ans, et je suis ouvrier spécialisé. Mon travail n'est pas vraiment passionnant, mais je gagne un peu plus que le smig. Anne, ma femme, est caissière au supermarché, elle travaille à temps partiel, ce qui nous permet de vivre et d'élever nos deux enfants. Assez correctement mais nous devons faire attention et compter nos sous...

On a un peu parlé des élections, au boulot et à la maison. Nous avons écouté Mme Royal, mais nous n'avons pas tout compris de ce qu'elle proposait. Elle nous a donné l'impression de s'adresser à des gens plus instruits, plus cultivés que nous. Et en plus, dans son parti, ils n'avaient pas l'air d'être tous d'accord. Mr Sarkozy lui, c'était plus clair, plus facile à comprendre. Oh bien sûr, on sait bien que ce ne sont que de belles promesses, mais quand même, si c'était vrai ...

Alors, nous avons voté tous les deux pour lui. Pour le rêve. Le rêve qui éclaire un peu notre vie. On verra bien ... »

Je me suis alors souvenu que j’avais écrit ici le 4 octobre 2006 ces lignes qui me paraissent plus que jamais d’actualité :

« On nous l'a souvent dit : la politique doit faire rêver. Et curieusement le rêve s'appuie sur la doctrine, au risque de tourner au cauchemar.

Je m'explique : la doctrine s'oppose à la gestion et c'est en cela qu'elle fait rêver, parce qu'elle promet un monde meilleur, individuel ou collectif.

Durant les vingt premières années de la Ve république, avant que l'élection de Mitterrand n'impose l'alternance, forte de ce qu'elle croyait être sa légitimité, la droite s'est contenté de gérer les affaires publiques, laissant l'opposition de gauche se nourrir du seul rêve d'un monde meilleur.

Depuis lors, après que la gauche au pouvoir ait montré qu'elle était capable de gérer le pays, même si elle avait, au passage, quelque peu oublié sa volonté de « changer la vie », la droite, pour marquer sa différence, et se référant aux modèles thatchérien et reaganien, s'est plu à afficher des postures de plus en plus doctrinaires, dans le but afficher de libérer le rêve américain, ce rêve individuel, égoïste qui hante la planète : si tu veux t'arracher à la misère de ce monde, travaille et enrichit-toi. Evidemment, la tâche lui a été largement facilitée par l'écroulement du rêve collectif en URSS et ailleurs.

Aujourd'hui, face à une droite plus doctrinaire et arrogante que jamais, porteuse de ce rêve empoisonné, ce n'est pas une gauche gestionnaire, celle de Jospin ou Strauss-Kahn, dont nous avons besoin. Les Français l'ont déjà rejetée, à juste titre, en 2002. Ce n'est pas non plus une gauche doctrinaire accrochée à ses dogmes et curieusement portée par d'autres gestionnaires plus habitués des cercles financiers que des masses populaires. Non ce qu'il nous faut c'est une gauche décomplexée, créative, pragmatique et participative, surgie de la France profonde, de son peuple et de ses provinces, et porteuse d'un nouveau rêve collectif de fraternité.

Rêve contre rêve. »

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20 mai 2007

Refondation de la gauche (clivages et leadership)

Nous sommes à peu près tous d’accord sur les raisons de la défaite. Ce n’est donc pas utile d’y revenir dans le détail (pour le moment). Nous sommes à peu près tous d’accord sur la nécessité de refonder la gauche et de poser la question du leadership.

Commençons par le leadership, parce que c’est le plus simple. Ne tournons pas autour du pot, nous savons tous que cette question se ramène à savoir qui de Ségolène Royal ou de Dominique Strauss-Kahn sera le leader reconnu et respecté de l’opposition durant les cinq ans à venir. Je comprends bien que DSK tergiverse et veuille jouer la montre pour avoir le temps de se « refaire », lui qui est le moins bien placé, surtout après ses déclarations au soir du second tour, qui sont très mal passées jusque et y compris parmi ses partisans. L’ennui, c’est qu’à vouloir reporter indéfiniment l’échéance (jusqu’à ce que les sondages lui soient favorables) il risque d’entraîner le parti dans une longue dérive, plus grave encore que celle qui a précédé et qu’il dénonce durement en accablant François Hollande. Puisque affrontement il doit y avoir entre ces deux personnalités, qu’il ait donc lieu le plus vite possible, pour qu’on puisse aussitôt passer aux choses sérieuses et reconstruire l’opposition.

Un autre facteur me parait devoir être pris en compte, en préalable à toute refondation. Je veux parler du clivage, indéniable entre les anciens adhérents et les nouveaux. La encore, il ne faut pas se cacher derrière son petit doigt. Sans les nouveaux adhérents, Ségolène n’aurait sans doute pas été investie par le PS. Et sans les nouveaux adhérents la campagne n’aurait jamais suscité une semblable ferveur populaire, qui eut pu nous conduire à la victoire, si d’aucuns n’avaient pas décidé de tout faire pour l’empêcher. Sans doute, nombre d’anciens adhérents, d’abord réticents, ont-ils fini par jouer le jeu et soutenir leur candidate, à leur manière, tant était grande leur envie sincère de l’emporter. Il n’empêche qu’ils n’ont jamais cru, par exemple, à la nécessité d’organiser les débats participatifs, qui étaient demandés, tant ils demeurent attachés à cette vieille idée léniniste qu’ils sont l’avant-garde éclairée d’un peuple insuffisamment éduqué pour comprendre les véritables enjeux. A cet égard, ils regardent toujours avec méfiance ces nouveaux adhérents qu’ils considèrent un peu de seconde zone, tant par la modicité (scandaleuse à leurs yeux) de la cotisation initiale qu’il leur a été demandée que par leur supposée absence de « culture politique ».

Partant de ces deux sortes de considérations (la question du leadership et le clivage entre les militants), il me semble que s’offrent à nous deux hypothèses de travail, qui comportent, pour chacune d’entre elles, avantages et inconvénients.

Hypothèse 1 : Après la démission de François Hollande, Ségolène Royal et Dominique Strauss-Kahn affrontent le suffrage des adhérents pour le remplacer à la tête du parti. Bien sûr, Ségolène Royal l’emporte, mais elle va devoir composer avec le Conseil National, véritable instance décisionnaire, où il n’est pas évident que ses partisans sincères soient les plus nombreux. En même temps, dans les fédérations et les sections, les nouveaux adhérents, qui la soutiennent, vont se voir canalisés à l’intérieur d’un nouveau prétendu « courant », pour que les mêmes puissent poursuivre les jeux qui recouvrent habituellement les ambitions et les rivalités de personne. Dans ce contexte, évidemment, Ségolène devra préparer un Congrès extraordinaire (si le Conseil National le veut bien), en espérant que la ferveur populaire soulevée par sa campagne ne retombera pas trop vite et que les nouveaux adhérents s’accrocheront aux branches.

Hypothèse 2 : A l’instar de Bayrou, Ségolène crée un nouveau mouvement qui a pour vocation de réunir l’ensemble des adhérents de Désirs d’Avenir. Puis, aussitôt après, s’inspirant de Mitterrand, elle propose la création d’une Fédération de la Gauche qui regroupe le nouveau mouvement, le parti socialiste et tous les autres partis qui voudront les rejoindre (en conservant ainsi une certaine autonomie) : PRG ( ?), Verts, PC, etc., Fédération dont elle prend évidemment la tête. Dans cette hypothèse, Ségolène disposerait avec ce nouveau mouvement d’un outil efficace pour donner une nouvelle impulsion à la gauche, sans se couper des autres composantes plus dogmatiques de la Fédération, qui verraient ainsi leurs sensibilités préservées. En revanche, la question du leadership pourrait se voir relancée à terme par le remplacement à la tête du PS de François Hollande par Dominique Strauss-Kahn, ainsi placé en embuscade pour renverser ultérieurement Ségolène à la tête de la Fédé

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