08 mai 2007
Hommage de Bernard-Henri Lévy à Ségolène Royal
Hommage à Ségolène Royal
Eh bien oui.
Au risque de surprendre, je pense que Ségolène Royal a fait une bonne campagne.
Elle a perdu, c’est entendu.
Et perdu plus lourdement que ne le donnaient à penser, ces derniers mois, les prévisions.
Mais elle a perdu pour des raisons que l’on commence à bien cerner et dont je prétends, moi, qu’elles sont à son honneur.
Elle a été diabolisée, d’abord. On a beaucoup parlé - et on avait raison - de la tentative de diabolisation dont fut victime son adversaire. Mais autrement plus insidieuse, donc plus ruineuse, fut la diabolisation qui l’a poursuivie, elle, depuis ses premiers pas. Incompétente quand elle la fermait ; agressive quand elle l’ouvrait… N’ayant rien à dire quand elle prenait le temps d’écouter ses électeurs ; scandaleuse quand elle rompait le silence (les 35 heures) ou brisait les orthodoxies (ses prises de position, si courageuses, sur le nucléaire iranien ou le Darfour)… Bécassine, enfin, avant son débat avec Sarkozy ; Cruella après et, surtout, pendant - quand elle a commis le crime de lèse future majesté de l’interrompre, interpeller, ne rien laisser passer, le mettre dans les cordes… Ce n’est plus une femme, gronda la rumeur, c’est une sorcière. Ce n’était plus la douce, la maternelle Ségolène, c’était un bretteur, une tueuse - voyez ces yeux minces où passent des épées de feu ; entendez cette voix de mauvaise sirène, une octave trop haut, si dure… Ah l’increvable misogynie des Français et souvent, malheureusement, des Françaises ! J’ai aimé, moi, cette dernière image dans ce dernier débat. J’ai aimé la stature qu’elle a prise à cet instant - et la belle droiture qui émanait de son regard et de son port. Elle honorait la gauche, cette droiture. Et elle honorait la France.
Elle a livré bataille, deuxièmement, à un moment d’inflexion, mais encore, hélas, de suspens, où il devenait clair que la vieille stratégie d’union des gauches n’avait plus de chance de l’emporter mais où la nouvelle stratégie d’alliance avec le centre restait trop insolite, inédite, bref, révolutionnaire, pour passer le cap des hypothèses et retourner, réellement, les esprits. Madame Royal a dit les mots qu’il fallait dire. Elle a fait les gestes qu’il fallait faire. Peut-être, d’ailleurs, le grand débat de la campagne, celui qui restera, celui qui fit bouger les lignes en même temps que, au passage, les liturgies cathodiques, fut-il ce débat avec Bayrou dont elle a pris l’initiative et qui ouvrait, on le verra maintenant très vite, un vrai nouveau chapitre de l‘histoire politique française. Mais voilà… Il était trop tôt... On a dit, ici ou là, qu’il était trop tard, que c’est avant qu’il fallait le dire, avant qu’il fallait le faire, etc. Non, voyons. Le contraire. Il était trop tôt dans le siècle. Trop tôt dans l’histoire du pays. Sauf que c’est elle, Madame Royal, qui, trop tôt ou trop tard, l’aura fait. Sauf que, ce big bang rêvé par les uns, annoncé par les autres, c’est elle, et personne d’autre, qui l’aura osé et déclenché. Pour cela, elle restera. Pour cela, même si elle a perdu, elle a gagné.
Et puis il faut bien reconnaitre, enfin, que Nicolas Sarkozy a été bon. Vraiment bon. Je veux dire par là qu’il a su surfer, avec un mélange de talent et de cynisme non moins remarquables l’un que l’autre, sur une vague de fond dont il semble que tout le monde ait, à part lui, sous-estimé la terrible puissance. Qui, parmi les commentateurs, avait-il prévu que l’éloge d’une France qui n’a jamais commis, sic, de crime contre l’humanité puisse faire recette à ce point, douze ans après les paroles de Jacques Chirac reconnaissant, au Vel d’Hiv, notre participation au crime nazi ? Qui imaginait de tels hurlements de joie et, au fond, de soulagement, chaque fois que fut dit et redit, de meeting en meeting, que la France ex-coloniale n’était coupable de rien, qu’elle n’était en dette vis-à-vis de personne et qu’elle devait être fière, au contraire, de son œuvre civilisatrice ? Qui, encore, pouvait deviner que le traumatisme de Mai 68 fût resté si vif dans les esprits que l’appel répété à « liquider » - quel mot ! – l’héritage du « parti des voyous et des casseurs » puisse faire jaillir, lui aussi, de tels geysers de fiel, de joie triste et de ressentiment ? Madame Royal a résisté à ce discours. Fidèle à la ligne tenue, sur ces sujets, peu ou prou, par nos deux derniers Présidents, elle a tenté d’endiguer ce flot de haine et de rancune. Et, de cela aussi, je lui sais gré.
Je ne parle pas - car seul le mauvais esprit gaulois en a douté - du sang-froid dont elle a fait montre, d’un bout à l’autre de l’aventure.
Je n’insiste pas - encore que le fait fût unique dans notre histoire électorale - sur la double bataille qu’il lui a fallu mener : l’une, publique, contre son adversaire; l’autre, secrète, contre les siens.
Et je n’évoque que pour mémoire, enfin, le ton et, comme dit un poète qu’elle affectionne, le « frisson nouveau » qu’elle a fait passer dans cette vieille musique socialiste qui n’en finissait pas de mourir et qui n’attendait, peut-être, que ce salutaire coup de grâce.
Tout cela, elle l’a fait. Et il faut espérer que s’en souviennent ceux qui, à partir de ce lundi matin, vont être tentés de se livrer au petit jeu de la chasse à la sorcière ou de la production de la chèvre émissaire.
Ségolène Royal est loin d’avoir dit son dernier mot – et c’est tant mieux.
22 février 2007
Ségolène Royal, la madone qui dérange, par Nicole Avril
Je crois utile de donner à lire l'intégralité du superbe article de Nicole Avril, paru dans Le Monde daté d'aujourd'hui, qui nous donne une fascinante leçon de ce que peut être l'indépendance d'une femme libre. Merci Madame Avril.
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"L'opposant viscéral à François Mitterrand se signalait d'emblée par sa manière d'élider le "e" de son nom : "Mitt'rand". Ceux dont la survenue de Ségolène Royal a bousculé les habitudes de penser et les catégories grammaticales la traitent volontiers de madone. Il va sans dire que, dans leur bouche, cette madone ne renvoie guère à Giovanni Bellini, encore moins à Raphaël. La dénomination s'est changée en insulte. Il y a aussi des variantes régionales. Dans ce jeu de massacre à tir tendu, on peut à volonté la caparaçonner en Jeanne d'Arc, la Lorraine, ou l'affubler en Bécassine, la Bretonne.
Mais c'est la madone qui revient le plus souvent, son beau visage semblant exciter chez ses détracteurs une angoisse de castration. On voudrait voir Ségolène Royal incarner le bon vieux conformisme catholique. Jusqu'à son prénom dont on lui fait grief. Est-on responsable de son prénom ? Elle aurait raccourci le sien, la Marie-Ségolène des origines, pour avancer masquée et mieux dissimuler son passé d'enfant de Marie. Surprenante madone en effet, qui permit la distribution aux mineures, et sans autorisation parentale, de la pilule du lendemain.
Etrange madone, qui refuse dans son pacte présidentiel toute remise en cause de la loi de 1905 sur la séparation des Eglises et de l'Etat, et demande qu'on intègre à la Constitution une charte de la laïcité. Efficace madone, qui préfère prévenir que guérir. Des dispensaires dans les zones rurales, des soins gratuits pour les jeunes dont les parents n'ont pas de mutuelle, la contraception gratuite pour les jeunes femmes et la négociation de toute réforme sociale grâce à un syndicalisme au financement transparent et plus largement représentatif.
On disait, Ségolène Royal n'a aucune idée et elle a mis en place ces débats participatifs pour retarder l'échéance ou pour tenter de trouver chez les autres les idées qui lui font défaut. Depuis le 11 février, des idées, elle en a, trop, de plus elles coûteraient trop cher. Au moment où Ségolène Royal révèle les quelque cent propositions de son pacte présidentiel, nous découvrons le niveau très médiocre de notre commerce extérieur et une croissance qui, avec son maigre 2 %, ne tient pas ses promesses. Ces mauvais chiffres, on ne va pas en rendre responsable le gouvernement en place, ce serait un peu court et simpliste.
On a été tenté de se défausser en évoquant le prix du pétrole et la lourdeur de l'euro. Comme si les Allemands, dont les chiffres sont bien meilleurs que les nôtres, jouissaient d'un euro plus favorable et d'un pétrole moins cher. On s'est bien gardé d'établir une comparaison avec les chiffres obtenus quelques années plus tôt par le gouvernement de Lionel Jospin. Comparaison, surtout si elle tourne à votre désavantage, n'est pas raison ! La parade en revanche n'a pas tardé.
Il fallut admettre qu'une croissance à 2 %, ce n'était pas brillant. Mais précisément, après un si piètre résultat, dites-moi comment Ségolène Royal avec ses cent propositions pourrait-elle s'en tirer ? Appréciez l'astuce. On s'appuie sur les mauvais chiffres présents pour démolir l'avenir. Le démineur a toujours tort. Ne prend-il pas des risques inconsidérés pour sécuriser un espace laissé par d'autres en trop mauvais état ?
La candidature de Ségolène Royal à la présidentielle était déjà inscrite dans son triomphe aux élections régionales. La presse nationale n'avait presque pas parlé de la campagne qu'elle menait en silence sur ses terres du Poitou-Charentes. Je le connais ce pays-là, il est le mien. J'ai du côté de La Rochelle des attaches d'enfance et j'ai goûté mes premières huîtres avec mes premiers biberons. Je sais que ce pays ne se livre pas aisément, qu'il garde le secret de sa beauté, qu'il ne se jette jamais à la figure des gens. Ségolène Royal l'a conquis de haute lutte. Il n'est pas un village ni un hameau, il n'est pas une école, une ferme ou une entreprise qu'elle n'ait un jour visité.
Elle a labouré à l'ancienne son terrain, comme Jacques Chirac et François Hollande en Corrèze, comme François Mitterrand dans la Nièvre. Mais, quand elle a été élue, il m'est apparu qu'elle irait plus loin encore. Elle semblait à la fois croire à son projet et avoir la volonté de le réaliser grâce à une méthode pragmatique et originale, de plus elle était portée par une revigorante ambition. Certes, on ne leur a pas facilité la tâche, c'est peu de le dire, mais les femmes ont longtemps péché par manque d'ambition et plus particulièrement par manque d'ambition politique.
Elle n'eut pas d'autre choix pour s'imposer aux caciques du Parti socialiste que de contourner le parti en empruntant la double voie de la région et de l'opinion. Il fallait l'arracher, la candidature à l'élection présidentielle. Une femme reste une femme aux yeux de ses pairs. Elle a pourtant gagné à la loyale. Revigorés eux aussi par de nombreuses et nouvelles adhésions, les militants ont tranché. On aurait tort de se lamenter et de répéter à l'envi que le niveau baisse. Le débat politique a retrouvé quelques couleurs et les citoyens ont de nouveau le goût de la dispute. Ni la candidate ni même les candidats ne laissent indifférents. C'est déjà ça.
Il y a du côté de Ségolène Royal et de son équipe un projet, encore inachevé, qui surprend parce qu'il privilégie l'action dans la durée et les réformes en profondeur. Elle veut éviter à la France de mourir d'une thrombose. Pour mieux irriguer l'ensemble de ses territoires, il est nécessaire de décentraliser vraiment avec transfert des moyens et des compétences, de donner une autonomie aux universités, de renforcer le tissu des petites et moyennes entreprises par la défiscalisation de leurs bénéfices réinvestis, de réinscrire la France au centre de l'Europe, de revitaliser les cités asphyxiées par le chômage et la drogue, par le mépris et la violence, de faire de l'éducation et de la recherche les deux piliers de l'avenir.
Elle dérange. Mais, têtue comme elle est, elle tiendra ses promesses. Oui, il y a un élan et une cohérence dans le projet de Ségolène Royal. Ce n'est ni le grand soir ni la grande illusion. C'est la volonté opiniâtre de remettre peu à peu chacun dans le jeu collectif quels que soient son origine sociale ou son sexe. De plus, les débats participatifs, la longueur et l'intensité de la campagne électorale, la rapidité (et la brutalité) des échanges sur Internet, permettent de libérer des forces qui seront précieuses au moment de passer à la réalisation des propositions. Faisons le pari que ce moment viendra."
Nicole Avril est écrivaine.
05 février 2007
Additif au compte rendu du débat participatif sur la vie chère
Message de machote reçu le 30/01/07 sur le site de Désirs d’Avenir
Je ne pourrai pas me rendre à ce débat participatif, j'en suis désolée, mais à travers ce message je souhaiterai que soit souligner les coûts des loyers qui ne cessent d'augmenter, les jeunes couples ont du mal à se loger en exemple un salaire de 1000€ avec un loyer de 500€ minimum, les charges eau, électricité, gaz, la voiture pour aller travailler le carburant augmente surtout en période de vacances (c'est une remarque) comment voulez-vous que ces jeunes arrivent à boucler leur budget ; c'est la réalité du terrain à savoir que lors des demandes d'aide au logement celle-ci est refusée à partir du moment où le jeune est imposable..... Quand à nos retraités surtout les retraités agricoles,leur retraite est loin de pouvoir leur donner de quoi vivre normalement, bien sûr les aides sont là,(APL) mais lorsque vient le choix d'aller vivre en foyer logement ou bien en maison de retraite se pose un dilemne : trouver l'institution où il y a de la place et avant de pouvoir y accéder les institutions s'assurent que les enfants signent l'obligation alimentaire de leurs parents ! il faudra changer ce mode d'admission car la génération soixante huitard aura aussi des difficultés à vivre (il faudra subvenir à nos parents et à nos enfants)
Ce sont des sujets peut-être hors débats mais ils font partis de la vie.
Je pense que la baisse de la TVA serait une aide à tous les foyers, mais je ne crois que sur le plan européen ce ne sera pas faisable d'autant que l'Allemagne va reévaluer son taux; Peut-être bloquer les prix à la consommation mais la grande distribution va crier haut et fort ou bien éviter la publicité à la télévision qui coûte très chere et qui est répercutée sur les prix.
En autre, je voudrai attirer l'attention sur la baisse d'impôt qui à mon sens est utopique, car effectivement le gouvernement à déduit environ 8% sur l'impositon 2005, celle-ci se retrouve étalée sur les prélèvments mensuels ou bien à chaque tiers , mais avec la baisse des tranches à savoir quatre tranches et bien notre imposition sera plus élevée nous en verrons les conséquences en septembre prochain.... Je souhaite me tromper !!!!!
Encore une dernière hausse à souligner celle d'ESCOTA ici en PACA 10 centimes ce n'est pas rien surtout ceux qui utilisent l'autoroute pour leur travail
Je vous souhaite un bon débat, et soyons solidaires pour faire gagner Ségolène et pointer les travers de la droite...
19 novembre 2006
Ségolène me parle de bonheur
par Léa Bluteau le 17-11-2006
(message posté sur le site Désirs d'Avenir)
"Je suis en larmes ce matin.
Je suis si fatiguée de me lever pour ne vivre que galères.
Et là ! Attends ! Ségolène me parle de bonheur.
Et je me pose une simple question : pourquoi aujourd'hui, ce matin, j'y crois ?
Pourquoi je crois que Ségolène Royal est sincère ?
Pourquoi je crois qu'elle va gagner en mai 2007 ?
Pourquoi je crois que NOUS, les françaises et français dans les galères au quotidien, allons gagner en mai prochain ?
Parce que je pense que Ségolène Royal a compris ce que les élites, "les coupés du monde réel", n'ont toujours pas entendu :
LE PEUPLE DE FRANCE est adulte et capable de changer, ensemble et solidaire.
LE PEUPLE DE FRANCE veut se lever le matin, après la victoire, pour vivre probablement encore les galères mais avec Madame la Présidente de la République Française, Ségolène Royal,
en construisant l'avenir de ses enfants, l'avenir de la France, l'avenir de l'Europe, l'avenir de la Planète.
Une galère où nous ramerons ensemble pour créer un monde ouvert, équilibré, équitable, solidaire... Quitte à en baver encore, dans l'injustice, nous nous battrons pour demain.
Ce matin, Ségolène me parle de bonheur.
J'y crois ! Je sèche mes larmes et je vais encore me battre pour payer mon loyer et nourrir mes enfants.
Nous, les françaises et les français en galères au quotidien, porterons Ségolène Royal jusqu'à l'Elysée et nous construirons l'avenir ensemble.
Déterminée et combattante, portée par mes désirs d'avenir !"
Léa Bluteau
15 novembre 2006
Chacun ses références
Quand les partisans de Strauss-Kahn et de Fabius vont chercher leur soutien auprès de chantres du libéralisme comme Alain Duhamel ou Emmanuel Todd, je préfère trouver mes références chez des hommes de gauche comme Charles Fiterman ou Gabriel Cohn-Bendit dans les deux textes qui suivent :
Enseignants : le courage de Ségolène Royal
Par Gabriel COHN-BENDIT, ancien enseignant, militant de l'éducation.
La socialiste a raison de poser la question du temps de présence des professeurs dans les établissements.
Je n'ai pas attendu la vidéo pirate que des «gentils» camarades socialistes ont mise sur le Net pour écrire, au printemps de cette année, dans un Rebond ( Libération du 9 mai 2006) où je défendais déjà la candidature de Ségolène : «A propos du combat qui est le mien depuis quarante ans, celui de l'école, elle a dit que le rôle des enseignants n'était pas seulement d'instruire mais aussi d'éduquer et qu'il faudrait reposer la question du temps de présence des enseignants dans les établissements scolaires.»
Passons sur le procédé, il est curieux que ceux qui protestent contre les Conseils des ministres télévisés et qui s'indignent de ce qui s'est passé en Hongrie où un «camarade» a filmé les déclarations du Premier ministre à son insu pour les rendre publiques ensuite jouent ce petit tour à Ségolène. Mais moi, cela ne me choque pas, je suis favorable à ce que même des réunions de travail puissent être filmées. Ce serait assez drôle de savoir ce que Fabius ou DSK et leurs amis se disent quand ils sont entre eux, que ce soit sur Ségolène ou sur ce qu'ils pensent vraiment.
Il y a plus d'un an, le Parti socialiste, dont je n'étais pas encore membre, m'avait invité à un débat sur l'école. J'avais commencé mon intervention en disant : «En parodiant la formule entre boire ou conduire, il faut choisir, je dirais : entre poser les problèmes de l'école et garder l'électorat enseignant, il faut choisir. Ou le PS veut garder son électorat enseignant, et il ne posera pas les problèmes de l'école, ou il les pose et risque de perdre une partie de son électorat enseignant.»
Sur le fond, je dirais donc : premièrement, que le temps de travail des enseignants du secondaire, collèges et lycées, est bien calculé sur la base de 36 heures. Les certifiés font 18 heures de cours qui sont évaluées à deux heures de travail en tenant compte des préparations et des corrections. Deuxièmement, qu'il y a longtemps que des pédagogues et certains syndicalistes, dont ceux du SGEN, proposent des changements en diminuant les heures de cours, les ramener de 18 à 15 par exemple, et d'augmenter par contre les heures de présence. On remplace une heure de cours par deux heures de présence, ce qui ferait 21 heures de présence dont 15 heures de cours.
Le 27 février 1996, nous avons signé à plusieurs, Antoine Prost, Louis Legrand, Jean-Claude Guérin, Marie Danièle Pierrelée, entre autres, un Rebond, toujours dans Libération, intitulé «Des équipes pour travailler autrement», où nous disions déjà : «Le service des enseignants, traditionnellement compté en heures de cours, sera forcément à redéfinir ; on comprendra donc aisément qu'on ne peut faire partie d'équipes ayant de tels objectifs que sur la base du volontariat.»
Oui, c'est bien sûr la base du volontariat et non en imposant à tous les enseignants des changements qu'ils n'acceptent pas qu'il faudra commencer. Faire la preuve qu'une présence plus importante peut réduire les tensions et donc rendre le travail des enseignants plus agréable donc moins fatigant et stressant. Rappelons qu'en Allemagne, les enseignants doivent 25 heures de cours et en Suède ils doivent 35 heures de présence dont 20 à 22 heures de cours et ce pays a, avec la Finlande, les taux de réussite les meilleurs.
Une fois de plus, Ségolène a le mérite de poser des questions de fond que ses concurrents socialistes, par pure démagogie, n'osent aborder. Avant un vote dans le PS, où le corps enseignant est important, elle fait, une fois de plus, preuve de son courage politique.
(Source : LIBERATION.FR, mercredi 15 novembre 2006)
Ne tuez pas l'espérance
Par Charles Fiterman, ancien ministre
La démarche politique de Ségolène Royal a l'immense mérite de chercher à mettre en mouvement la société elle-même.
C'est devenu une banalité que de souligner les changements considérables qui affectent la société et le monde depuis une vingtaine d'années. Ils concernent les sciences, les technologies, les façons de produire et les produits eux-mêmes, l'organisation des productions et leur répartition sur la planète, l'organisation politique du monde et les relations entre les pays et les humains, les modes de vie, les mœurs.
Il est pourtant un domaine qui, pour l'essentiel, échappe à ces mutations, qui tarde à les traduire, c'est celui du politique. Ses repères, ses concepts, ses structures, ses pratiques sont encore largement ceux du passé. Ce qui nuit gravement à son efficacité et est à la base de la distance, dangereuse pour la démocratie, prise entre
les citoyens et leurs représentants.
Je suis de ceux qui pensaient que la novation nécessaire passerait par l'étude, la recherche, le débat à partir desquels s'élaboreraient une nouvelle donne, de nouveaux concepts et de nouvelles formes politiques, susceptibles de faire l'objet de décisions de congrès. Les circonstances, et sans doute aussi les hommes, ne l'ont pas permis. Il y a certes eu des initiatives prometteuses dans les années 90 : le mouvement Refondations, les Assises de la transformation sociale. Des idées ont été lancées comme cette "nouvelle alliance des couches populaires et des couches moyennes" avancée par Lionel Jospin. Mais les actes n'ont pas suivi. Le désastre du 21 avril 2002 me semble devoir pour beaucoup à cette absence d'ouverture d'une perspective politique mobilisatrice et rassembleuse. Il a fallu ensuite éviter la dispersion des forces, relancer l'action - François Hollande a le mérite de s'y être consacré avec succès - et faire face à un débat
européen qui a remis au premier plan la division traditionnelle de la gauche sur ce point. Mais le principal n'a pas pu se faire.
Et voilà que dans la préparation de l'élection présidentielle émerge d'une façon inattendue une personnalité, une candidature : celle de Ségolène Royal. On a dit et on répète qu'il n'y a là qu'un effet d'image, le résultat d'un battage médiatique et sondagier. Bien sûr, ses concurrents et ses critiques ne se préoccupent pas de leur propre
image, ne prennent jamais connaissance des sondages, ne choisissent pas leurs postures en fonction de ce qu'ils perçoivent de la société ! Soyons sérieux, l'image compte, elle n'est pas neutre. Et celle que renvoie Ségolène Royal, inhabituelle à ce niveau en France, c'est celle d'une femme volontaire, intelligente, tenace. Son langage est
direct, concret, sans détours.
Il n'y a pas dans le discours qu'une musique des mots, il y a les mots eux-mêmes. J'ai pris la peine d'en faire une lecture attentive, sans me contenter de ce qu'en disent les médias. J'y ai trouvé des orientations fortes et neuves, qui rejoignent celles que je défends, avec d'autres, depuis plus de dix ans. D'abord, la promotion d'un nouveau type de développement qui lie étroitement la croissance économique, le progrès social et la prévoyance environnementale. C'est le développement qualifié de durable, pris dans toute sa dimension. Et puis, une liaison nouvelle établie dans les objectifs et dans l'action
entre l'individu et le collectif, entre les indispensables transformations réalisées par la volonté collective démocratique et la prise de responsabilité de l'individu, encouragée et élargie par des libertés nouvelles. Il y a là une leçon essentielle tirée de l'échec du collectivisme. Et puis encore, cet " ordre juste " qui associe pleinement sécurité et justice, dans le droit fil des combats de la gauche. Prétendre que l'ordre n'entre pas dans les objectifs de la gauche, ériger en préalable à son établissement la solution de tous
les problèmes sociaux, c'est être sourd à l'exigence qui monte des milieux les plus populaires, les plus confrontés à tous les désordres, c'est oublier que la sécurité est une condition première de la vie. Enfin, et surtout, il y a cette " révolution démocratique ", cet appel à un nouvel âge de la démocratie qui fasse une place nouvelle à l'intervention citoyenne. C'est ce que demande toute une partie de la gauche depuis des décennies.
Au regard de l'orientation ainsi affirmée, des possibilités qu'elle ouvre, les polémiques agressives sur telle ou telle expression, telle ou telle forme suggérée, que l'on peut toujours améliorer, sont subalternes et un peu ridicules.
La novation, elle s'exprime à travers tout cela, et c'est parce que Ségolène Royal, par ce qu'elle est et par ce qu'elle dit, en est porteuse que sa candidature a l'impact constaté dans le pays. Les sondages ne font que refléter le phénomène, de façon sinon exacte, en
tout cas approchée.
Alors, il ne faut pas, il ne faut surtout pas tuer l'espérance. Ne nous racontons pas d'histoire, lui tourner le dos, c'est laisser le champ libre à la démagogie de l'extrême-droite et à la victoire de la droite. Ce qui nous est proposé avec Ségolène Royal, ce n'est certes pas un avenir dépourvu de soucis et de problèmes. La novation est à construire. Mais l'immense mérite de la démarche qu'elle propose, c'est précisément d'ouvrir l'espace et les chemins de cette construction, de favoriser la mise en mouvement de la société elle-même. Et s'il y a une leçon à tirer du passé, c'est bien que sans ce mouvement, un gouvernement aussi bon soit-il, ne peut conduire au succès les réformes nécessaires.
Le Parti socialiste tout entier, et chacune et chacun de ses membres ont une responsabilité devant l'histoire. Ils peuvent permettre à la France de retrouver cet élan créateur qui a marqué les grands moments de son histoire. Ils peuvent aussi à cette occasion permettre à leur parti de gagner une place nouvelle dans ce pays et à la gauche tout entière d'engager de façon significative sa rénovation. Quel dommage si nous manquions ce premier rendez-vous avec le socialisme du 21ème siècle !
(Source : LIBERATION.FR, vendredi 10 novembre 2006)
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