15 avril 2007
Le dur et le mou
L’extrême-gauche s’est passé le mot. Dénoncer la gauche « molle ». Tiens donc. Ils seraient donc la gauche « dure ». Vous ne voyez pas la différence ? C’est pourtant évident. Molle, comme alanguie, comme ayant ses vapeurs, molle comme les courbes douces et voluptueuses du corps féminin. Eux, par contre sont durs, parce qu’ils sont « outillés », « appareillés » à cet effet. Dites donc les « vrais » mecs, vous qui voulez du « dur », vous ne seriez pas finalement séduits par les rodomontades et les roulements d’épaules du petit branleur de l’UMP ? Allez, retournez jouer en cour de récréation pour comparer qui a la plus « dure » !
09 avril 2007
Commentaire
J'ai plaisir à citer ce texte intéressant, qui m'a été envoyé en commentaire à mon billet du 19 mars intitulé "Testostérone" :
"Ségolène Royal, la femme voilée
Les adversaires mâles de Ségolène Royal ont réussi un subtil tour de force, amener de très nombreuses personnes des deux sexes à amplifier de façon inconsciente la moindre de ses erreurs en les mettant en résonance avec des doutes millénaires sur la capacité des femmes à exercer le pouvoir en France, tout en imposant l'idée que tout avantage qu'elle tirerait de sa féminité serait un signe de sa faiblesse et de son incompétence, la preuve qu'elle n'aurait d'autre projet à proposer au pays que celui d'élire pour la première fois une femme à sa tête. Elle a été sommée (parfois très violemment par des femmes) de voiler ce mal de tête dirigeante dont le pays a toujours été préservé et de prouver qu'elle avait des couilles. Elle a bien essayé d'identifier son audace à celle de Jeanne d'Arc qui avait pu faire semblant d'en avoir pour des batailles d'un autre temps, mais la mauvaise foi de l'exigence finaude raille à raison toutes ses tentatives d'en trouver de modernes pour soutenir une comparaison à la hauteur de son ambition historique, car elle sait, des profondeurs de sa perversion, avoir plongé cette prétention féminine dans une équation inextricable qui n'a pour but que de la perdre.
En réalité, sans la déloyauté de la concurrence masculine, en toute modernité, elle n'aurait nul besoin de se munir d'autres armes que celles dont la nature l'a dotée. Mais Ségolène Royal est victime d'un fait inquiétant pour notre époque qui dépasse largement le cadre de la politique. De façon générale et de tout temps, les hommes ont toujours eu peur des effets parfois dévastateurs des pouvoirs féminins sur les leurs. Ils ont trouvé de multiples façons de les voiler pour s'en protéger quand il leur faut jouir de tous leurs moyens pour étaler leur supériorité, confinant l'exposition de certains de ces démons à l'espace très réduit de jouissances privées. Le voile islamique en est la version la plus voyante, mais il en existe bien d'autres, plus subtiles, plus vicieuses, car les femmes ont fini par prendre leur défense à leur compte, elles sont vestimentaires, physiques, mentales, etc. Observez avec profondeur la grande majorité des couples autour de vous, quelles que soient les races, les religions, les mœurs, même quand les femmes semblent être en position avantageuse, vous constaterez qu'en réalité elles sont voilées par une définition d'elles-mêmes qui a été fortement infiltrée par les paramètres des intérêts de la domination masculine qui leur imposent souvent de réagir avec une violence inouïe face à celles qui n'y souscrivent pas totalement. Quand un homme dit à une femme sans y croire qu'elle est la plus belle au monde, qu'il lui dit "je t'aime comme tu es" pour lui signifier qu'il n'est pas nécessaire qu'elle cherche à se faire plus belle, derrière ce qu'on pourrait considérer comme une lumineuse preuve d'amour, il y a le désir de voiler des pouvoirs qu'on redoute de ne pas pouvoir contrôler.
Se révoltant de devoir ainsi abandonner des atouts naturels primordiaux là où leurs vis-à-vis masculins peuvent les écraser des leurs, certaines femmes décident parfois de les brandir comme elles ne devraient pas. On les verra alors allumeuses, putes, sottes (parfois d'une couleur de cheveux seulement), incompétentes, porteuses de maléfices qui ouvrent droit à toutes sortes de violentes répliques mâles, mais aussi femelles comme on l'a souligné, de consœurs aigries de ne pas avoir le courage ou les moyens ou même l'idée d'explorer elles-mêmes les territoires interdits.
Si les femmes réclament leurs droits à l'égalité avec les hommes, il leur sera presque toujours exigé d'être capables de se mesurer à ceux-ci à armes-mâles égales. Ainsi, toutes les fonctions d'un chef d'état ayant été prévues pour être exercées par un homme, on ne cherchera même pas à savoir si leurs rendements ne seraient pas améliorés si on les modifiaient pour les adapter à des qualités spécifiquement féminines quand c'est nécessaire.
On attend de la candidate à la présidence de la République qu'elle soit capable d'user de la même vigueur vocale et musculaire que ses concurrents mâles quand elle communique, toutes les richesses de l'expression féminine devant être proscrite, on attend d'elle qu'elle soit capable de serrer les fesses pour éviter tout déhanchement féminin et emprunter l'allure virile quand elle passe les troupes en revue, on attend d'elle qu'elle voile sa féminité pour essayer de se montrer à la hauteur masculine de la fonction.
Il est donc interdit aux femmes d'exploiter les atouts propres à leur sexe pour accéder au pouvoir et pour l'exercer, et c'est vraiment dommage. J'ai la certitude qu'elles possèdent des particularités qui pourraient changer en bien la face du monde si on leur permettait de les exprimer. Il ne s'agit pas d'affirmer qu'elles seraient meilleures que les hommes, mais les hommes ont toujours été des hommes et ont pu de tout temps utiliser toutes leurs potentialités de mâle, notamment dans l'exercice du pouvoir, il serait temps de laisser les femmes être des femmes en toute circonstance, j'ai la certitude qu'elles libéreraient alors des richesses insoupçonnées, pour le bien de l'humanité. Elire une femme pour qu'elle gouverne comme un homme, c'est certainement bon pour la parité, pour le partage du pouvoir entre les deux sexes, mais ce n'est pas un véritable progrès pour la femme, car ça ne libère pas. Selon moi, la libération totale des femmes ne se sera pas concrétisée le jour où elles auront les mêmes droits que les hommes, mais le jour où elles auront récupéré tous leurs droits d'être entièrement des femmes quels que soient leurs choix et leurs ambitions. Libres, il ne leur sera pas facile de se définir, de savoir dans quelles directions elles devront se chercher, car elles ont été contraintes de voiler leurs véritables profondeurs depuis des millions d'années (même si au début de l'humanité il était nécessaire que certaines libertés des deux sexes soient sacrifiées afin de permettre à l'espèce de s'organiser pour se perpétuer, j'ai acquis la certitude qu'il n'était pas nécessaire pour les êtres dotés d'intelligence que nous sommes devenus que ça dure autant, et que de nombreuses contraintes socio-génétiques auraient dû être levées depuis bien longtemps si des intérêts fainéants n'avaient freiné nos pensées) et il leur faudra beaucoup de temps, de réflexions et de débats pour y parvenir. Elles auront certainement besoin de l'aide de la science et de leurs ex-geôliers mâles dans leur quête.
Je terminerai en évoquant un fait qui peut alimenter la réflexion sur cet article. J'ai eu à lire une dépêche où l'on cite des bouts de phrases d'un échange par presse interposée entre monsieur Sarkozy et madame Royal, le journaliste conclut celles de l'homme par "a-t-il tancé", "a-t-il fustigé", "a-t-il assené" et celles de la femme par "s'est-elle indignée", "s'est-elle insurgée", "a-t-elle déploré", alors qu'elle a été dure et cinglante.
JMTB, un homme.
Source: http://espritlibre.blogs.nouvelobs.com/"
23 mars 2007
Au risque de déplaire
Cette campagne est trop longue. Vivement qu’on en finisse. Tout a été dit. Les jeux paraissent faits. Et le dernier sondage me semble refléter ce que devrait être le résultat du premier tour : Ségolène 26 (et sans doute plus), Sarkozy 26 (peut-être moins), Bayrou 21 (sûrement moins). Au demeurant, je ne sais pas comment convaincre avec des arguments rationnels les adversaires inconditionnels de Ségolène dont la réaction de rejet trouve son origine dans les tréfonds les plus obscurs de leur inconscient. En revanche, je suis bien persuadé que bon nombre de ses partisans taisent leur choix pour avoir la paix, de crainte d’être raillés par ceux qui se laisseraient influencer par le matraquage médiatique. A cet égard, le choix des femmes sera déterminant. Non pas celui des plus en vue, qui arborent une moue dubitative et qui osent prétendre que Ségolène « dessert la cause des femmes ». Parce qu’elles redoutent d’être associées à celle qui court le risque de DEPLAIRE aux hommes ? Non, je pense d’avantage à toutes les autres, les anonymes, qui dans le secret de l’isoloir, voteront peut-être pour la première fois différemment de leur mari.
19 mars 2007
Testostérone
Décidemment, cette année la misogynie primaire n’est plus l’apanage des beaufs dans le milieu de la voile comme dans le monde politique. Dans le Journal du Dimanche d’hier, un homme pour lequel j’avais estime et admiration, le navigateur Jean-Luc Van den Heede s’en prend grossièrement à Maud Fontenoy pour tenter de minimiser sa performance. Au-delà de la consternation qu’inspire la bassesse de ses propos, on reste fasciné par la similitude de sa réaction avec celle des hommes politiques de tous bords à la démarche de Ségolène Royal. Comme titre malicieusement le journal en reprenant les propos mêmes du viril navigateur : « Sportivement, c’est nul ! »
10 novembre 2006
Sexisme et légitimité
Je n’en peux plus de cette campagne indigne et méprisable. Et je m’interroge. Pour retrouver ce même climat de haine, il faut remonter aux trois campagnes de François Mitterrand et sans doute, au-delà, à l’époque du Front Populaire. Mais il s’agissait de campagnes orchestrées par la droite et non de campagnes internes. Dans les pires moments d’affrontements entre courants, on n’a jamais connu pareilles invectives et pareilles bassesses.
Alors quoi ? Que se passe-t-il ? Un début de réponse me parait résider dans l’observation que de tous temps – et c’est encore vrai aujourd’hui, les campagnes de la droite se sont toujours fondées sur un procès de la gauche en illégitimité. Mitterrand était illégitime parce que la gauche est illégitime comme le peuple est illégitime. Illégitime parce qu’ignorant et donc incompétent. On a assez reproché à Mitterrand - déjà, de ne rien comprendre à l’économie. Seuls peuvent prétendre gérer les affaires publiques ceux qui savent, les experts, les notables, ceux qui de toute éternité détiennent et se transmettent de père en fils les clefs du savoir et du pouvoir.
Et finalement l’hallali, la curée, auxquels nous assistons, me paraissent obéir à la même loi. C’est bien un procès en illégitimité que sont en train d’instruire nos bons camarades à l’encontre de Ségolène Royal. Illégitime pourquoi ? Pour une seule raison possible, qui découle de la seule particularité qui la distingue de ses concurrents. Illégitime parce que femme. Parce qu’une femme ne peut légitimement prétendre à la plus haute fonction, là comme partout ailleurs, dans tous les lieux de pouvoir et notamment dans les entreprises. Je ne vois pas d’autre explication. Et non contente d’être une femme, elle s’habille en femme, raisonne en femme et s’exprime en femme, quand les autres ont plutôt tendance à se déguiser en homme et à tenir des discours d’homme. C'est-à-dire qu’elle est forcément inaudible pour tous ceux qui préfèrent jouer au meccano de leurs théories plutôt que se coltiner aux complexités de la réalité.
Alors ce que je ne comprends pas, ce que je comprends de moins en moins, c’est le silence assourdissant des grandes voix féministes. Pourquoi cette trahison en rase campagne ? Il ne s’agit pas de savoir si elles sont d’accord avec tout ce que propose Ségolène Royal - là n’est pas le problème, mais ce qu’elles pensent de cette campagne de dénigrement systématique à caractère sexiste, que la presse acquise à la droite se fait évidemment un plaisir de relayer et d’amplifier par un matraquage médiatique sans précédent. Il faut qu’Yvette Roudy se lève et rassemble toutes les femmes qui se sentent, à juste titre, humiliées par de tels procédés.
04 novembre 2006
Une femme
En 1995, quand Jacques Delors était en tête des sondages, qu’a fait Henri Emmanuelli, alors premier Secrétaire du PS (et dont on ne peut pas dire qu’il était sur la même ligne politique) ? Il a supplié Delors d’être le candidat du parti. Aujourd’hui, si n’importe lequel des leaders socialistes masculins trouvait auprès de l’opinion un écho aussi favorable que Ségolène Royal, l’ensemble du parti se rangerait aussitôt sans broncher derrière lui.
Alors pourquoi ce tir de barrage ? Que peuvent espérer ceux qui cherchent à l’abattre par cette campagne haineuse, puisqu’ils savent pertinemment qu’ils ne peuvent l’emporter ? Je crains fort qu’ils ne cherchent qu’à punir une femme, parce qu’elle ose prétendre au pouvoir qui leur est réservé de toute éternité. Le comble est qu’on n’entend même pas s’élever, en dehors d’Yvette Roudy, les grandes voix féministes, sans doute engluées dans leur parisianisme. Et les chiennes de garde préfèrent se vautrer dans la fange des émissions de Stéphane Bern.
Mais, comme l’année dernière, la France profonde ignorera les anathèmes de la bulle politico-médiatique et portera vers la victoire celle qui l’écoute et sait lui tenir un langage qu’elle comprend. Et qu’on ne me dise pas, comme certains beaux esprits, qu’il y a quelque danger à dénoncer ainsi une sorte de complot. Je ne dénonce aucun complot. Je ne dénonce que l’incompréhension, la paresse intellectuelle et pour tout dire la bêtise d’une classe dirigeante, incapable de discerner le mouvement populaire qui porte la candidature de Ségolène Royal. Ou bien qui le discerne et s’en effraie ?