Carnets de campagne d'un citoyen ordinaire

Blog de soutien à la candidature de Ségolène Royal

07 mai 2007

L’impromptu du Fouquet’s (en guise de conclusion provisoire)

Charlety

Rien pu écrire entre les deux tours, tétanisé que j’étais par cette idée brusquement revenue au premier plan et que j’avais occultée depuis un an, tant je m’étais convaincu que ce n’était pas possible : Sarkozy pouvait être élu ! Non que le score de Ségolène fut insuffisant. Il était au contraire parfaitement honorable. Mais celui de Sarkozy traduisait une vérité incontournable : il avait réussi son hold-up programmé d’une partie importante des voix du Front National, auquel je n’avais pas voulu croire, tant je persistais à penser que cet électorat apeuré, désespéré, déboussolé continuerait à préférer le modèle à sa copie. D’où l’angoisse qui m’a saisi et qui s’est révélée malheureusement justifiée. L’avantage avec Le Pen (si l’on peut dire), c’est que le vote protestataire qui se portait sur lui ne pouvait en aucun cas déboucher sur son élection. L’ennui avec Sarkozy, c’est qu’au contraire il pouvait être élu et que, de fait il l’a été.

Les alertes de dernières minutes, bien trop tardives, n’y ont rien changé et n’ont pas su créer les conditions d’une mobilisation de grande ampleur, comme on l’avait connue entre les deux tours de 2002. Comme s’il était plus difficile à l’extrême gauche de voter Ségolène contre un Sarkozy réellement éligible que de voter Chirac contre un Le Pen fantasmatique… Le masque de respectabilité forgé au candidat de la droite par un matraquage médiatique sans précédent a, du coup, résisté sans peine à ces assauts timides et dispersés lancés en catastrophe, au point qu’il ait pu se faire passer pour la victime d’une diabolisation incompréhensive. Et, du coup, pareillement, la superbe combativité de notre candidate au cours du débat télévisé, qu’elle a incontestablement largement dominé s’est finalement retournée contre elle, tant son adversaire s’était pour l’occasion transformé en un mol édredon, tel un punching-ball expiatoire. Et ce petit garçon malmené par une mère autoritaire a su même émouvoir une chômeuse depuis cinq ans, au RMI, élevant seule ses deux enfants et rencontrée lors d’un tractage effectué à la sortie d’une école : "Elle n’a pas été correcte avec lui, en lui coupant constamment la parole et en l’empêchant de lui répondre…"

Qu’on ne s’y méprenne pas. Je n’ai rien a reproché à Ségolène. Mais absolument rien. Elle a mené cette campagne de bout en bout seule et de manière exemplaire. Seule, elle su tirer toutes les leçons des précédents scrutins. Seule, elle a su définir la stratégie et la méthode qui découlaient de cette analyse. Seule, elle pouvait nous conduire à la victoire. Mais j’ai tout à reprocher au parti socialiste, qui a laissé s’installer, durant ces cinq années, sans en percevoir le danger, tant il n’était occupé que par ses petits jeux, une concentration sans précédent du pouvoir médiatique au seul service de la droite. Et qui, non content de s’être ainsi enfermé tout seul dans la seringue, n’a rien trouvé de mieux que de casser d’emblée l’image de sa candidate, d’instruire son procès en incompétence et d’alimenter tout au long de la campagne ce procès dont s’était évidemment emparé pour son compte le candidat de la droite. Ségolène s’est battue seule jusqu’au bout. Elle n’a jamais explosé en vol. Elle a su franchir avec brio chacune des étapes. Et si, à l’arrivée, il lui manque un certain nombre de voix, nous savons bien pourquoi et à qui nous le devons. Alors, basta, ça suffit maintenant, qu’ils ne reviennent pas nous donner de leçons, quand ils ont utilisé tous les moyens possibles pour la faire échouer. Ségolène Royal demeure notre seul leader possible. Elle seule peut conduire à son terme la refondation nécessaire de la gauche. Pour ma part, je ne compte que sur elle, si possible à la tête d’un parti socialiste renouvelé, mais tout aussi bien, si cela s’averre nécessaire, d’un nouveau mouvement politique directement inspiré par sa démarche novatrice.

En attendant, tandis que l’économie est dominée par les fonds de pension, la France vient de se doter d’un Président, qui prétend défendre la valeur travail et ceux qui se lèvent tôt, mais n’est réellement majoritaire que chez les plus de 65 ans ! Dans son premier discours, il ne crains pas de nous asséner : « Je veux réhabiliter le travail, l'autorité, la morale, le respect, le mérite. Je veux remettre à l'honneur la nation et l'identité nationale. » (Ça ne vous rappelle rien ?) avant de s’en aller, sans gène aucune, festoyer au Fouquet’s avec ses amis du CAC40 et quelques autres, parmi les plus vulgaires, du show-business, dédaignant pendant plus de deux heures la petite foule dérisoire de la Concorde (qu’il avait du imaginer déferlant sur les Champs Elysée jusqu’à l’Etoile comme en juin 1968), pour finalement rejoindre un quarteron de chanteurs ringards, sur le plateau improbable et impayable de ses supporters (ah, voir la tête de Christian Blanc, entre celles de Steevy et Bigard !) Nous n’oublierons rien de ce qui, au cours ce cette campagne, a permis qu’on en arrive là.

Pour l’heure, dans ce département de retraités aisés, l’un des plus favorables à la droite, où depuis six que j’y vis, je ne connaissais personne, cette campagne m’a permis de trouver de véritables amis, une vraie famille chaleureuse et fraternelle. Dans ce monde égoïste du chacun pour soi, de l’indifférence aux autres, de la peur de la différence, Ségolène, en effet, nous a redonné le goût de la fraternité.

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20 avril 2007

Serein

Que dire de plus dans ce dernier billet avant le premier tour (puisque les blogs de soutien doivent s’interrompre ce soir à minuit) ? Pourquoi je voterai Ségolène Dimanche ? Je crois l’avoir largement expliqué dans les 127 billets que comptent aujourd’hui ce blog ? Bien sûr parce qu’il faut barrer la route au dangereux candidat de la droite et qu’à cet égard ce vote constitue bien le seul vote utile. Bien sûr parce qu’il faut proposer au deuxième tour un vrai choix de société. Bien sûr parce que le vote Bayrou n’a aucun sens, qu’il n’est qu’un gadget, une impasse, un attrape bobos, la tentative désespérée de la technostructure de garder la main, alors que le candidat centriste ne peut s’appuyer sur aucune majorité de gouvernement.

Mais surtout parce que notre candidate a su tirer toutes les leçons politiques des précédents scrutins, parce qu’elle s’est portée à l’écoute des français, et donc parce que son programme authentiquement de gauche mais pragmatique et mesuré correspond à nos attentes. Parce qu’elle est non seulement compétente mais aussi forte, courageuse et déterminée et qu’elle a su montrer au cours de cette campagne indigne, face à un matraquage médiatique sans précédent depuis 1981, qu’elle avait le sang froid et les nerfs d’acier qui sont indispensables pour exercer cette haute fonction, et dont paraissent singulièrement dépourvus ses concurrents qui vont pleurant sur leurs blessures et leur fatigue.

Parce qu’elle a su tenir un langage simple et compréhensible par tous, je suis absolument convaincu qu’elle va ramener à gauche bon nombre des voix populaires qui l’avaient désertée. Je ne crois pas que les indécis soient aujourd’hui aussi nombreux qu’on nous le dit. Je crois plutôt que les instituts de sondages tentent de se doter par avance d’un alibi qui leur permettra d’expliquer l’écart entre le résultat et leurs prévisions constamment tendancieuses.

Car, je suis persuadé que Ségolène arrivera largement en tête du scrutin de dimanche, avec un score supérieur à 30%. Loin derrière elle, je crois que les trois autres se tiendront dans un mouchoir de poche. Et je ne serai pas autrement surpris que Sarkozy soit éliminé dès le premier tour, tant il n’a pu cacher longtemps sa vraie nature au cours de cette campagne. Bayrou, lui n’intéresse qu’une faible frange de l’électorat certes tapageuse et claironnante, celle des experts, des technocrates, des hauts fonctionnaires, ceux qui savent mieux que nous, et peut-être malheureusement quelques enseignants encore abusés par les traces d’une manœuvre indigne de la campagne. Reste Le Pen, qui peut encore nous réserver une surprise si tant est, comme il le prétend qu’un certain électorat peut préférer l’original à la copie. Si bien qu’au final je ne serais pas surpris que le second tour oppose Le Pen à Ségolène. Le résultat d'un tel scutin ne fait évidemment pas de doute. Mais il serait intéressant d’observer, dans une telle configuration, le comportement de nos valeureux républicains de droite.

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18 avril 2007

Lettre d'un ami communiste

Je voterai  Ségolène ROYAL dès le 1er tour

Il ne s’agit en aucun cas d’un ralliement. Bien au contraire. Je conserve intactes les raisons et les idées qui m’ont fait adhérer au PCF à l’age de 16 ans, en 1965.

Mon choix, mûrement réfléchi, est strictement conditionné par l’enjeu de cette élection.

Nous sommes devant un enjeu historique. Chacun sent bien que ce n’est pas une élection présidentielle comme les autres.

Le clivage gauche-droite est plus que jamais d’actualité.

Sarkozy est le représentant d’une nouvelle droite, très dure.

  • Atlantiste

  • Modèle social mis en miettes

  • Pacte républicain, issu de l’après guerre, remis en cause. Chaque jour en apporte une nouvelle démonstration.

Je souhaite que la gauche gagne et que la seule candidate qui peut l’emporter, Ségolène Royal, soit élue.

J’entends bien que beaucoup de candidats de gauche et gauchistes disent vouloir « battre la droite ».

  • Le dire c’est bien

  • Mais le faire vraiment, c’est mieux.

C’est pourquoi j’estime de ma responsabilité, vu l’enjeu crucial de cette présidentielle, de m’engager en disant ce que ma conscience me dicte.

Personne ne peut affirmer aujourd’hui que le scénario du 21 avril 2002 ne se reproduira pas avec la seule présence au 2è tour de candidats de droite ou de droite et d’extrême-droite. Personne, vu le nombre d’indécis.

Plus jamais ça ! Je le dis d’autant plus fort qu’en 2002, dans cette ville, j’ai été l’un des premiers à m’engager pour faire barrage à Le Pen. Ainsi que lors des élections législatives de 1998.

Or, si l’on veut sincèrement que la gauche l’emporte au 2è tour, il faut que Ségolène Royal fasse le score le plus élevé dès le 22 avril, au premier tour, car la dynamique de victoire ou la spirale de l’échec s’enclenchent au 1er tour. On peut le regretter mais c’est ainsi.

Je ne partage pas l’idée qu’il y aurait d’un côté une gauche de combat (PCF) et de l’autre une gauche du renoncement (PS). Sinon pourquoi voter pour elle au 2è tour.

Non, à la vérité, c’est plus compliqué que cela !

Je reste personnellement profondément attaché au rassemblement de toute la gauche, avec le PS. Le PCF n’est grand que dans l’union. Toute notre histoire le montre. Nous avons certes des différences avec le PS mais aussi beaucoup de convergences comme en attestent les engagements pris par S. Royal en matière de bas salaires, de services publics, de sécurité sociale pour tous, de sécurité professionnelle garantie, d’efforts pour l’éducation, la recherche…Et les différences qui existent traversent d’ailleurs tous les partis.

Dernier point mais non le moindre.

Quel que soit le projet adopté par le peuple français, des questions nouvelles surgiront et des problèmes se poseront. Il faudra donc, n’en doutons pas, continuer à lutter et les citoyens devront intervenir t peser sur les choix en permanence (mouvement social)

Or, précisément, chacun doit se poser la question : avec qui serons nous mieux écoutés et entendus ?

  • Avec l’ultra-libéral Sarkozy à l’Elysée ;

  • Ou avec Ségolène Royal, présidente de gauche, qui fait de « la démocratie participative » et du « dialogue social » des priorités de son engagement.

Poser la question c’est y répondre.

Il n’y a pas photo : Ségolène Royal doit l’emporter !

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15 avril 2007

José Luis Rodriguez Zapatera soutient Ségolène Royal

… et ménage diplomatiquement Nicolas Sarkozy. Gageons que les médias ne retiendront de sa déclaration que la phrase aimable pour le candidat de l’UMP.

A sept jours du premier tour de l'élection présidentielle, le chef du gouvernement socialiste espagnol José Luis Rodriguez Zapatero, réitère son soutien à Ségolène Royal. "J'aime son programme et je crois que sa prédisposition à se maintenir à l'écoute est exemplaire", explique-t-il dans une interview accordée par écrit à l'Agence France-Presse, sur le thème de l'élection présidentielle française. "Mais, en plus, il me semble décisif qu'une femme soit pour la première fois dans les conditions d'accéder à la présidence de la République française", ajoute-t-il. "C'est un pas en avant très important pour l'amélioration de la condition de la femme à travers le monde et cela apporte une image de rénovation qui peut être très importante pour la France et pour toute l'Europe", dit-il (...)

José Luis Zapatero a aussi tenu à s'exprimer sur le candidat de l'UMP. "Concernant Nicolas Sarkozy, je veux exprimer mon respect et mon admiration. C'est un homme qui dispose de capacités politiques reconnues, de convictions fermes et d'une ténacité plus que certaine", explique-t-il. "J'ai eu des relations importantes avec lui comme ministre de l'Intérieur et aussi maintenant en tant que candidat. Nicolas Sarkozy a toujours eu une attitude très ouverte et positive envers l'Espagne et il a contribué activement à fortifier les relations entre nos deux pays", souligne encore le chef du gouvernement espagnol. La coopération entre la France et l'Espagne a été "très fructueuse" alors que Nicolas Sarkozy était ministre, en particulier en matière de "lutte antiterroriste", ajoute-t-il (...)

Le chef du gouvernement socialiste espagnol manifestera clairement son soutien à Ségolène Royal en assistant personnellement à son meeting prévu le 19 avril à Toulouse.

(source : tf1.lci.fr d’après AFP)

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Marre

Marre de Rocard et de Kouchner. Marre de Jospin, marre de Strauss-Kahn, marre des Gracques et autres Spartacus, marre des sociaux-démocrates, marre des européens, qui ne veulent toujours pas comprendre qu’ils ont perdu les élections de 2002 et le référendum de 2005. Marre de tous les boutiquiers d’exrême-gauche qui nous servent des lendemains dont ils savent pertinemment qu’ils ne chanteront jamais. Marre de ces journalistes serviles et lâches qui sont la honte de ce pays. Marre de tous ceux dont l’aveuglement risque de nous faire sombrer dans le chaos et l’aventure.

Pour autant, j’ai confiance dans la sagesse profonde de notre Peuple et je crois qu’il saura choisir celle qui nous a redonné confiance aux régionales de 2004 et qui a su écouter et comprendre nos attentes. Et je veux remercier tous ces hommes et ces femmes de qualité qui osent la soutenir, en dépit des lazzis. Qu’ils élèvent la voix encore plus fort, comme le fait Piketty, pour couvrir le vacarme de ces clowns pathétiques.

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14 avril 2007

Economie

Ségolène Royal développe une approche pragmatique et non idéologique de l'économie.

L’économiste Thomas Piketty revient sur les déclarations des candidats en matière d’économie.

"Ségolène Royal développe une approche pragmatique et non idéologique de l'économie qui contraste avec celle du candidat UMP".

Soulignant le "discours stéréotypé" d'autres candidats sur "le thème « tout va bien ailleurs, tout va mal en France »", il rappelle "les immenses atouts" du pays et rappelé que "la productivité est de 20% plus élevée en France qu'au Royaume-Uni, 25 ans après les réformes thatchériennes".

L'universitaire dénonce les "promesses délirantes" de Nicolas Sarkozy sur "une baisse de 4 points du taux des prélèvements obligatoires", rappelant que l'ancien Premier ministre britannique Margaret Thatcher les avaient "abaissés de 2 points en dix ans".

Si Nicolas Sarkozy est au pouvoir ,"il abaissera certains impôts", comme les droits de succession, et en "augmentera d'autres", notamment les cotisations sociales pesant sur le travail et, au total, "les prélèvements obligatoires ne seront pas abaissés, voire seront augmentés".

Thomas Piketty épingle le "gigantesque effet d'aubaine" que comporte la proposition du candidat UDF François Bayrou sur une "exonération de charges de deux emplois pour toutes les entreprises, quelle que soit leur taille".

L'approche de Ségolène Royal est "infiniment plus responsable", puisqu'elle ne veut pas de baisse d'impôts "tant qu'on n'aura pas atteint une meilleure maîtrise de dépenses publiques". Son approche est aussi plus transparente puisqu'elle veut s'en prendre aux "centaines de niches fiscales" qui "minent la confiance des citoyens dans les impôts".

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12 avril 2007

Soutiens

De nombreuses vraies personnalités soutiennent chaleureusement la candidature de Ségolène Royal. Je citerai de mémoire parmi les plus célèbres :

Laure Adler, Jacques Audiard, Nicole Avril, Emmanuelle Béart, Pierre Bergé, Charles Berling, Didier Bezace, Dominique Blanc, Carole Bouquet, Cali, Philippe Caubère, Aimé Césaire, Edmonde Charles-Roux, Noëlle Châtelet, Patrice Chéreau, Hélène Cixous, Jamel Debouze, Jacques Delors, Antoinette Fouque, Juliette Gréco, Benoite Groult, Jacques Julliard, Julia Kristeva, Laam, Gérard Miller, Ariane Mnouchkine, Sarah Moon, Jeanne Moreau, Bernard Murat, Yannick Noah, Erik Orsenna, Michel Piccoli, Jean-Michel Ribes, Philippe Sollers, Philippe Torreton, Lambert Wilson ;

mais aussi :

Pierre Arditi, Bernard-Henri Lévy, Bernard Maris, Stéphane Pocrain, Nicolas Rey, Michel Rocard, Laurent Ruquier, Daniel Scheidermann ;

ainsi que beaucoup d’autres éminents chercheurs et universitaires moins connus du grand public.

Et comme de bien entendu, il n’est pratiquement jamais fait allusion à ces soutiens dans les médias, qui leur préfèrent quelques pantins du show business ou petits marquis de la bulle politico-médiatique, pourvu qu’ils soutiennent n’importe qui d’autre que Ségolène et puissent ainsi venir l’étriller jusqu’à plus soif sur les plateaux de télé.

Parmi ces vrais personnalités, j’en ai choisi deux qui me paraissent emblématiques, peut-être parce qu’ils campent aux deux extrémités de la chaîne des âges.

L’un, Thomas Piketty, le plus jeune, passe pour être le plus prometteur de nos meilleurs économistes. L’autre, Jean-Marcel Jeanneney fut l’un des plus honorables ministres du Général De Gaulle. Jugez plutôt.

Le Machisme Economique, Chronique de Thomas Piketty dans Libération du 9 avril 2007

Sa victoire permettrait de sortir enfin du machisme économique hexagonal

Ségolène Royal est une femme, donc nulle en économie ? Aussi grossier puisse-t-il paraître, ce syllogisme d'un autre âge pèse visiblement lourd dans les subconscients. A en juger par certaines réactions, nombre de commentateurs doctes et avisés ont manifestement du mal à aller au-delà de leurs préjugés machistes.

(Source : Libération, cité par Désirs d’Avenir)

Lettre ouverte de Jean-Marcel Jeanneney à Ségolène Royal

L'ancien ministre du Général de Gaulle a transmis sa lettre au Nouvel Observateur

"Madame, je ne vous ai entendue et vue qu’à la télévision. Mais vos propos, votre manière d’être, ont fait que, depuis plusieurs mois déjà, j’étais enclin à voter pour vous le 22 avril. Ayant lu attentivement votre livre, "Maintenant", je ne doute plus de le faire.

Cela dit – et sans vouloir vous écraser sous une telle référence en vous assimilant à cette très haute figure – j’ai le goût de vous dire que je constate d’assez nombreuses analogies entre ses idées et les vôtres, telles qu’elles apparaissent au long de vos trois centaines de pages. D’abord le volontarisme politique, puis l’attachement à la nation, à son passé et à son avenir, comme fondement nécessaire aux solidarités entre les individus vivant sur son sol ; la prise en compte des aspirations populaires mais sans soumission systématique à l’opinion ; l’idée, que de Gaulle énonça dès mars 1968 dans un discours à Lyon, que les activités régionales sont les ressorts de la puissance économique de demain ; encore, le fait que la France, dans un mode menaçant, ne doit pas renoncer à une puissance militaire forte.

(Source : Nouvel Observateur, cité par Désirs d’Avenir)


Coïncidence. Au moment où Jean-Marcel Jeanneney nous adressait cette lettre, dont il n’est pas nécessaire de souligner l’importance et l’originalité, Jean-Noël Jeanneney, son fils, quittait la présidence de la Bibliothèque Nationale de France. "Atteint par la limite d’âge", comme on dit. Mais derrière ce crétinisme administratif, il y a le sectarisme partisan : avant de quitter le pouvoir, Jacques Chirac sature la haute administration de ses créatures, dont évidemment l’ancien ministre de François Mitterrand n’était pas. Jean-Noël Jeanneney aurait très bien pu bénéficier des dispositions qui ont permis aux présidents de l’Opéra de Paris ou du Musée Guimet d’achever leur mandat au-delà de cette limite... Ségolène Royal a promis de mettre fin à ces mœurs claniques. En attendant, saluons celui qui est devenu en cinq années seulement un grand président de la BNF. Il lui a redonné la sérénité, l’initiative, la fierté de sa mission. Grâce à lui, la BNF a quitté la rubrique des faits divers et des conflits sociaux pour celle de la recherche et de la culture. Un grand serviteur de l’Etat !"

Madame la candidate, je vous souhaite de tout cœur bonne chance et vous assure de la grande considération que j’ai pour votre culture gouvernementale, pour votre intelligence, votre sensibilité et votre caractère."

J’ajoute que vous rejoignez le général de Gaulle sur trois points, de grande importance. Le premier est la sobriété que vous voulez dans le comportement quotidien de la présidence de la République et du gouvernement. Le deuxième est le recours à l’article 11 de la Constitution, que vous devrez inévitablement utiliser pour modifier celle-ci, en particulier concernant le Sénat. Le troisième est que, comme lui, vous vous appuyez sur un parti, ce qui est indispensable, mais que, comme lui, vous êtes d’un tempérament assez fort pour pouvoir, quand besoin est, vous en affranchir.

Entre vous et lui, il est encore un trait commun : quand on lui exposait un problème de façon abstraite, il vous interrompait : "Alors ! Pratiquement, que proposez-vous ?" Or toujours vous proposez ou esquissez une solution concrète.

Je suis fidèle à sa mémoire. La France, au cours de sa longue histoire, n’a guère eu de chef d’Etat de cette envergure, parfaitement indépendant de toutes les puissances financières et de tous les dogmes politiques, ne se laissant intimider par quiconque, discernant ce qu’allait être l’évolution du monde et percevant ce qu’étaient les intérêts à long terme de son pays. Mais je n’ai jamais cru à la possibilité d’un gaullisme sans de Gaulle et je me suis vite désolidarisé de ses prétendus héritiers.

Je suis un très vieux monsieur. Ministre du Général de Gaulle à trois reprises, je fus un des rares qui eurent l’honneur d’être reçu par lui à Colombey, après qu’il eut, en parfait démocrate, démissionné de la présidence de la République parce que désavoué lors du référendum qu’il avait décidé.

Thomas Piketty est directeur d'études à l'EHESS

Sa victoire permettrait de sortir enfin du machisme économique hexagonal.

Avec son parcours et son programme, un candidat masculin aurait peu de chances d'être attaqué sur sa crédibilité technique.

Plus généralement, la vérité est que Royal est la candidate la plus crédible pour s'attaquer au premier défi économique de la France, à savoir le déficit abyssal d'investissement dans la formation, la recherche et l'innovation. D'abord parce qu'elle est la seule à tenir les deux bouts de la chaîne en proposant à la fois de lutter contre l'échec scolaire à la racine (avec, enfin, un véritable ciblage des moyens en faveur des écoles défavorisées) et d'offrir au supérieur et à la recherche l'autonomie et la souplesse nécessaires pour figurer en bonne place dans la compétition internationale. Ensuite parce qu'elle est à la seule à pouvoir mener de concert ces réformes de structure tout en assumant l'indispensable hausse des moyens en faveur des universités (contrairement à son rival de droite, empêtré dans d'irréalistes promesses de baisses d'impôts).

Inversement, difficile de ne pas imputer au machisme économique ambiant la virulence des critiques adressées ces derniers jours au contrat première chance, proposé par Ségolène Royal. Et le fait que la conseillère sociale en charge du dossier ait également le mauvais goût d'être une femme (et inspiratrice d'excellentes propositions sur le service public de la petite enfance) n'a sans doute pas aidé. Que l'on reproche à ce nouveau contrat d'être encore incertain dans ses paramètres, passe encore. Il reste que la comparaison avec le CPE n'a aucun sens : alors que ce dernier concernait tous les jeunes et les mettait sous la coupe réglée des entreprises, le contrat première chance se concentre sur la petite minorité de jeunes sortis sans qualification du système éducatif et leur propose un parcours de formation en alternance. Surtout, tout laisse à penser que cette mesure ciblée aura un bien meilleur rendement économique que les nouveaux dispositifs d'exonérations de charges prônés par Sarkozy et Bayrou. L'exonération des heures supplémentaires défendue par le candidat UMP servira les insiders ayant déjà un emploi, mais sera par définition de peu d'utilité pour ceux qui en sont encore à chercher leur première heure de travail. Quand à l'exonération complète des charges pour deux emplois par entreprise, défendue par le candidat UDF, on croit rêver : applicable à toutes les entreprises quelle que soit leur taille et à tous les salariés quels que soient leur qualification et leur salaire, difficile d'imaginer un dispositif qui maximise à ce point les effets d'aubaine. Une entreprise passant de 520 à 522 salariés bénéficiera ainsi de la mesure à plein sans même s'en rendre compte. Par comparaison avec ces propositions, le contrat première chance de Royal est nettement moins coûteux et a l'immense mérite d'être beaucoup mieux ciblé et de se concentrer sur la population des jeunes sans qualification, auxquels les dispositifs actuels offrent peu d'opportunités pour reprendre le chemin de l'emploi et de la formation.

Qu'aurait-on entendu si Royal avait fait le même étalage de légèreté et d'ignorance des ordres de grandeur les plus élémentaires ? On pourrait multiplier les exemples. Le candidat UMP prétend vouloir revaloriser le travail tout en proposant de supprimer l'impôt sur la fortune acquise par héritage, et nombre de journalistes semblent hésiter à pointer cette évidente contradiction économique. De même, Sarkozy comme Bayrou semblent envisager une hausse de la TVA, en oubliant au passage que c'est ainsi que Chirac-Juppé avaient cassé la croissance en 1995, et que le moral des ménages français est plombé par la stagnation du pouvoir d'achat. Commise par la candidate, une telle erreur de diagnostic macroéconomique serait stigmatisée beaucoup plus durement.

Les candidats masculins peuvent se permettre d'aligner les inepties économiques (Sarkozy) ou encore de revendiquer le vide de leur programme (Bayrou). Mais il suffit que la candidate Royal laisse un détail dans l'ombre pour que sa compétence économique soit immédiatement remise en cause. Prenons l'annonce faite par Sarkozy d'abaisser les impôts de 4 points de PIB (produit intérieur brut) au cours de son mandat. Promesse invraisemblable s'il en est, puisque même Margaret Thatcher, en dépit de ses coups de boutoir forcenés sur les dépenses publiques, n'est parvenu à les réduire que de 2 points en dix ans !


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04 avril 2007

Appel de 27 économistes en faveur de Ségolène Royal

Ségolène Royal est la mieux placée pour remettre sereinement la France sur le chemin d'une nouvelle croissance, durable et partagée.

Nous sommes des économistes aux parcours divers et aux opinions variées travaillant dans des universités et des centres de recherche français ou étrangers. Nous sommes convaincus que pour redresser l'économie française et répondre aux défis du plein-emploi et de la préservation de l'environnement, plusieurs réformes fondamentales sont nécessaires.

Les politiques publiques doivent soutenir l'innovation, l'investissement, non la rente. Ces politiques doivent prendre pleinement en compte les objectifs du développement durable. Il faut attaquer l'échec scolaire à la racine, réformer les universités et offrir une formation professionnelle tout au long de la vie, car le capital humain est le déterminant fondamental de notre croissance. Pour réduire le déficit et redonner des marges de manoeuvre à la puissance publique, l'Etat doit devenir plus efficace, fixer des missions aux services publics et les évaluer. Les entreprises françaises doivent gagner en souplesse pour être compétitives, mais cette souplesse ne peut s'obtenir au prix de la précarité des individus. La négociation sociale doit jouer pleinement son rôle pour favoriser l'emploi et la progression du pouvoir d'achat des salaires. La fiscalité doit être simple, peser moins lourdement sur le travail et conduire à économiser les ressources naturelles. Les freins à l'activité économique des femmes doivent être levés.

Nous ne partageons pas nécessairement toutes les idées du pacte présidentiel de Ségolène Royal, mais nous soutenons sa candidature à la présidence de la République parce que son approche est la seule qui prenne en compte ces différents aspects.

Ségolène Royal veut investir massivement dans la recherche et l'éducation. Elle propose de limiter le nombre d'élèves par classe et d'augmenter les moyens des établissements dans les ZEP. Elle propose d'accroître l'autonomie et les moyens des universités, en contrepartie d'une exigence accrue pour le placement des étudiants et la qualité des recherches. Elle souhaite réformer l'Etat en mobilisant les fonctionnaires, et non en leur jetant l'opprobre. Elle veut mettre la négociation entre partenaires sociaux au coeur du système économique et diminuer d'autant les interventions législatives. Elle propose de créer un service public de l'emploi, qui sache accompagner, former et, quand il le faut, sanctionner les abus. Ces réformes permettront de concilier la souplesse des entreprises et la sécurité aux individus. Elle s'est engagée de longue date en faveur du développement durable, et ses convictions lui donnent dans ce domaine une crédibilité unique parmi les principaux candidats. Elle propose la création d'un service public de la garde d'enfants pour améliorer la situation des femmes sur le marché du travail. Elle choisit de stabiliser les prélèvements obligatoires et de réduire progressivement la dette publique pour financer ces réformes structurelles, au lieu de promettre des baisses immédiates.

Nous, signataires de cet appel, sommes convaincus que Ségolène Royal est la mieux placée pour remettre sereinement la France sur le chemin d'une nouvelle croissance, durable et partagée.

Les signataires de cet appel sont : PHILIPPE AGHION, professeur à Harvard ; JEAN-PIERRE ALLEGRET, professeur à l'université Lyon-II ; PHILIPPE ASKENAZY, chercheur au CNRS ; FRANÇOIS BÉLORGEY, chercheur à l'Ires ; ANDRÉ CARTAPANIS, professeur, doyen honoraire, Aix-Marseille ; GILBERT CETTE, professeur à l'université de la Méditerranée ; DANIEL COHEN, professeur à l'Ecole normale supérieure ; CHRISTINE ERHEL, maître de conférences à Paris-I ; MARC FLEURBAEY, directeur de recherche au CNRS ; JACQUES FREYSSINET, professeur émérite, Paris ; ANDRÉ GAURON, ancien conseiller de Pierre Bérégovoy ; BERNARD GAZIER, professeur à l'université Paris-I ; JEAN-FRANÇOIS GOUX, professeur, doyen honoraire, Lyon-II ; NATHALIE GREENAN, chercheuse au CNRS ; JÉRÔME LALLEMENT, professeur à l'université Paris-V ; PHILIPPE LANGEVIN, maître de conférences à l'université d'Aix-Marseille ; CHRISTOPHE LAVIALLE, maître de conférences, Orléans ; EL MOUHOUB MOUHOUD, professeur à l'université Paris-Dauphine ; ROBERT LION, ancien directeur général de la Caisse des Dépôts et Consignations ; PIERRE-ALAIN MUET, ancien président de l'Association française de science économique ; THOMAS PIKETTY, professeur à l'Ecole des hautes études en sciences sociales ; THOMAS PHILIPPON, professeur à New York University ; MICHEL RAINELLI, professeur, Nice Sophia-Antipolis ; PIERRE RALLE, professeur associé, Paris-Dauphine ; ALAIN SAND, professeur, ENS Lyon ; PATRICK VILLIEU, professeur à l'université d'Orléans ; HÉLÈNE ZAJDELA, professeur à l'université Paris-Nord

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11 mars 2007

Lettre à Madame Ségolène Royal

Madame, je vous soutiens depuis le début parce que votre candidature a d’abord été pour moi une divine surprise. Par votre action passée, votre victoire emblématique aux régionales, vous étiez, de toute évidence, la seule capable de nous redonner l’espoir d’une victoire. Ensuite, comme vous avez eu l’intelligence politique de tirer toutes les leçons des scrutins de 2002 et 2005, vous avez choisi courageusement la seule méthode possible, en vous portant à l’écoute de vos concitoyens. Enfin, vous avez su bâtir, à partir de ces attentes, un projet à peu près exhaustif dans lequel j’ai retrouvé l’amorce de solutions originales et réfléchies à la plupart de mes préoccupations.

Sans doute votre démarche a-t-elle été largement plombée, d’abord par le parti qui prétend vous soutenir, ensuite par la quasi-totalité des médias dont la paresse intellectuelle autant que la lâcheté les a conduit à poursuivre l’ignoble procès en incompétence initié par vos camarades. Après qu’ils aient tenté de vous opposer DSK, ces mêmes médias ont entrepris de soutenir François Bayrou pour tenter de vous éliminer au premier tour. Si j’avais un seul reproche à vous faire, ce serait peut-être de ne pas avoir voulu dénoncer avec force cette campagne de dénigrement systématique, sans précédent dans notre pays.

Mais rien n’est encore perdu. En matière de politique étrangère, vous êtes la seule des trois principaux candidats à refléter l’aspiration exprimée par notre peuple pour une Europe sociale. Dites-le haut et fort. Appuyez-vous sur tous ceux qui ne veulent ni de l’atlantisme de Sarkozy ni de l’Europe libérale de Bayrou. Pour le reste, Sarkozy dit tout et son contraire et Bayrou ne dit rien. Vous êtes la seule à nous faire des propositions précises, concrètes et cohérentes. Mail nul ne les entend, parce que le parti se tait et que les médias ont dressé autour de vous un mur que votre parole ne parvient pas à franchir. Alors pourquoi ne pas diffuser dans les kiosques à journaux votre pacte présidentiel pour un prix modique, comme l’a été, récemment, le pamphlet de l’ineffable Besson. Et pourquoi ne pas accepter, proposer même, dès avant le premier tour de débattre avec vos deux principaux adversaires. Bayrou en a accepté le principe. Sarkozy devra bien suivre. En principe, je déteste ces jeux du cirque. Mais j’y vois aujourd’hui le seul moyen de percer ce mur médiatique. Et pour cela redevenez vous-même, oubliez les phrases un peu répétitives qui risquent de lasser et retrouvez l’extraordinaire allant avec lequel vous aviez dominé Sarkozy en 1993 au cours d’un débat mémorable de soir d’élection. Et je suis sûr que nous gagnerons. Avec mon plus profond respect.

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Avant qu’il ne soit trop tard...

L’appel "Avant qu’il ne soit trop tard" a été publié le 1er mars dans le Nouvel Observateur.

Il est ouvert à la signature de toutes celles et tous ceux qui veulent se battre pour une gauche d’espérance contre une droite d’arrogance.


Le 22 avril, il sera trop tard. Trop tard pour déplorer notre dispersion. Trop tard pour regretter notre inaction. Trop tard pour s’apercevoir que l’élection présidentielle s’est faite sans nous, malgré nous.

Nous refusons cette défaite trop souvent annoncée. Nous n’admettons pas que l’on vote à notre place. Nous n’acceptons pas que des sondages fabriquent une élection. Et nous ne tomberons pas dans le piège tendu par cette droite qui domine ou influence la plupart de nos grands médias. Car tout est fait, dans cette campagne, pour démobiliser la gauche et désespérer ses électeurs. Rien n’est épargné à Ségolène Royal. Ses déclarations comme ses silences, son entourage comme son compagnon, sa simplicité comme sa franchise, sa féminité comme sa fermeté : tout est prétexte en face à caricature et à moquerie. Tout est bon pour alimenter le mépris social et le dédain sexiste.

Qu’elle prenne le temps d’écouter les Français, et on la soupçonne de n’avoir rien à dire. Qu’elle annonce longuement son pacte présidentiel, et la question du chiffrage vient opportunément occulter le détail de ses engagements. Qu’elle-même ou son entourage soient victimes de procédés de basse police, et on préfère retenir l’air de la calomnie plutôt que de s’alarmer pour la démocratie. Qu’elle assume son identité de socialiste, et on lui reproche de se plier à un appareil. Qu’elle revendique sa part de liberté, et on l’accuse de se méfier de sa famille. Qu’elle réussisse un meeting électoral ou une émission télévisée, et on lui oppose immédiatement des enquêtes d’opinion aussi fluctuantes qu’incertaines.

Nous ne nous laisserons pas intimider. Dès le premier tour, nous voterons pour Ségolène Royal et nous appelons à faire de même, à le faire savoir et à faire campagne. Car nous voulons que, cette fois, la gauche gagne. Nous parions sur cette gauche plus exigeante avec elle-même et plus à l’écoute des siens, qui a appris de ses échecs, de ses illusions et de ses divisions, une gauche ambitieuse et audacieuse. Et nous savons que ce n’est pas n’importe quelle droite qui risque de l’emporter.

Jamais candidat de droite n’aura à ce point symbolisé la régression sociale. Nicolas Sarkozy est, tout à la fois, le candidat du pouvoir financier, du pouvoir personnel et du désordre mondial. Soutenu par la nouvelle aristocratie financière, il incarne la soumission de la politique à l’argent. Favorable à un renforcement des pouvoirs présidentiels, il incarne la tentation du césarisme contre l’approfondissement de la démocratie. Engagé aux côtés de l’actuelle administration américaine, il incarne le risque des aventures impériales, du choc des cultures et de l’affrontement des peuples. C’est le candidat de la peur. Des peurs qu’il exploite – celles de l’avenir, du monde, de l’étranger, des jeunes – mais aussi des peurs qu’il inspire en convoquant l’imaginaire de l’homme fort, du chef vindicatif et exalté, épris du pouvoir et de lui-même.

Contre ce danger, Ségolène Royal est la candidate de l’espérance. Elle l’a fait naître en défendant une démocratie participative où les citoyens sont reconnus experts de leurs problèmes. Une espérance à la fois sociale et écologique, éthique et démocratique, française et européenne, ne sacrifiant pas les conditions de vie et de travail à la modernisation économique. L’espérance d’une république nouvelle, rompant avec un présidentialisme étouffant pour un parlementarisme vivant. L’espérance d’une démocratie qui ne se réduirait plus à un pouvoir personnel, avec ses courtisaneries, ses impunités et ses privilèges. L’espérance d’une France enfin réconciliée avec son peuple, ses quartiers, ses travailleurs et sa jeunesse dans sa diversité.

Mais l’indifférence peut tuer l’espérance. Depuis 2002, nous sommes prévenus, et nous n’avons plus d’excuse. Nous savons que cette élection sera ce que nous en ferons. Il n’est plus temps de se faire plaisir, en perdant de vue l’enjeu décisif. Nous affirmons qu’il n’est de soutien entier que critique, de loyauté que lucide, de solidarité qu’indépendante, et nous resterons fidèles à cet engagement. Nous disons aussi que le second tour se joue dès le premier tour.

Cette élection n’est pas ordinaire et elle engage, à travers le sort de la France, un peu de l’avenir du monde. C’est pourquoi, contre une droite d’arrogance, nous appelons à choisir, dès le 22 avril, une gauche d’espérance, en votant Ségolène Royal.

La liste des premiers signataires

Marc Abélès, anthropologue. Laure Adler, journaliste. Elisabeth Alles, anthropologue. Paul Allies, politiste. Mathieu Arnoux, historien. Pierre Arnoux, mathématicien. Jacques Audiard, réalisateur. Jean-Pierre Azéma, historien. Muriel Badet, historienne de l’art. Sébastien Balibar, physicien. Nicolas Bancel, historien. François Barat, cinéaste. Michel Barak, historien. Dominique Barella, magistrat. Christian Baudelot, sociologue. Anna Bellavitis, historienne. Yehezkel Ben-Ari, biologiste. Samuel Benchetrit, écrivain. Michel Bénichou, avocat. Carmen Bernand, anthropologue. Arno Bertina, écrivaine. Dominique Besnehard, producteur. Philippe Besson, écrivain. Didier Bezace, metteur en scène. Sylvie Blocher, artiste. Bernard Bobe, chimiste. Mikkel Borch-Jacobsen, philosophe. Daniel Bougnoux, philosophe. Seloua Luste Boulbina, philosophe. Jean-Claude Bourbault, comédien. William Bourdon, avocat. Jean-Pierre Brigaudiot, plasticien. Geneviève Brisac, écrivaine-éditrice. Michel Broué, mathématicien. André Burguière, historien. Marilyne Canto, cinéaste. Pierre Cartier, mathématicien. Claude Chambard, écrivain. Marc Chaperon, mathématicien. Noëlle Châtelet, écrivaine. Monique Chemillier-Gendreau, juriste. Patrice Chéreau, metteur en scène. Jean-Claude Chevallier, linguiste. Hélène Cixous, écrivain. Olivier Cohen, éditeur. Annie Cohen, écrivaine. Catherine Corsini, réalisatrice. Sylvian Coudène, pianiste, Dir. Ecole de musique. Marie Coulais , éditrice de musique. Marlène Coullomb, universitaire. Pierre-Louis Curien, mathématicien-informaticien. Paule Darmon, écrivaine. Robert Delpire, éditeur. Erwan Diantelli, anthropologue. François Dubet, sociologue. Jean-Michel Ducomte, avocat. Alain Ehrenberg, sociologue. Bernard Faivre d’Arcier. Betty Felenbok, biologiste. Marc Ferro, historien. Cynthia Fleury, philosophe. Alain Forest, historien. Antoinette Fouque, psychanalyste. Anne-Marie Garat, écrivaine. Françoise Gaspard, sociologue. Jean-Pierre Gattegno, écrivain. Marie-France Giret, pianiste. Maurice Godelier, anthropologue. Anouk Grinberg, comédienne. Martial Guédron, historien de l’art. Jean Guiloineau, écrivain-traducteur. Gérard Haller, écrivain. Karen Hansen, artiste. Alain Hélissen, écrivain-chroniqueur. Françoise Héritier, anthropologue. Denis Herlin, musicologue. Serge Jakobowicz. Jean Jamin, anthropologue. Catherine Jeandel, géochimiste. Louis Joinet, magistrat. Pierre Joliot, biologiste. Geneviève Joutard, historienne. Philippe Joutard, historien. Jean Kehayan, journaliste. Jacques Julliard, historien. Christiane Klapisch-Zuber, historienne. Julia Kristeva, universitaire-psychanalyste. Jean Labib, producteur. Guy Lacour, universitaire.Nicole Lapierre, sociologue. Françoise Lavocat, littérature comparée. Armelle Le Bras-Chopard, politologue. Michèle Leduc, physicienne. Jean-Paul Lévy, avocat. Jean-Marc Lévy-Leblond, physicien. Daniel Lindenberg, historien. Dyssia Loubatière, assistante à la mise en scène. Michèle Manceaux, écrivain-journaliste. Frédéric Martel, sociologue. François Marthouret, comédien. Mireille Martin, mathématicienne. Dominique Méda, philosophe. Khaled Melhaa, journaliste-producteur. Eric Michaud, historien de l’art. Yves Michaud, philosophe. Jean-Pierre Mignard, avocat. Philippe Minard, historien. Ariane Mnouchkine, metteur en scène. Sarah Moon, photographe. Jean-Paul Moreigne, psychiatre-psychanalyste. Janine Mossuz-Lavau, politologue. El Mouhoub Mouhoud, économiste. Bernard Murat, directeur de théâtre. Roland Nadaus, écrivain. Véronique Nahoum-Grappe, anthropologue. Pap Ndiaye, historien. Monique Nemer, écrivaine-éditrice. Alain Omont, astrophysicien. Alfredo Pena Vega, sociologue. Michel Piccoli, comédien.. Martyne Perrot, sociologue. Michelle Perrot, historienne. Thomas Piketty, économiste. Etienne Pion, président d’un mouvement laïque .Evelyne Pisier, juriste. Emmanuel Poisson, historien. Christophe Prochasson, historien. Pierre Raterron, artiste-auteur. Elisabeth Roudinesco, historienne-psychanalyste. Roland Rappaport, avocat. Yannick Ripa, historienne. Joël Roman, philosophe-éditeur. Jean-Paul Scarpitta , metteur en scène. Leïla Sebbar , écrivain. Claude Servan-Schreiber, écrivaine. Fabienne Servan-Schreiber, productrice. Emmanuelle Sibeud, historienne. Philippe Sollers, écrivain. Maria Stavrinaki, historienne. Benjamin Stora, historien. Martine Storti, écrivaine. Irène Théry, sociologue. Pierre Tambourin, biologiste. Philippe Torreton, comédien. Pierre Tournier, historien. Jacques Treiner, physicien. Lucette Valensi, historienne. Agnès Verlet, écrivaine. Daniel Vigne, metteur en scène. Jean Viard, sociologue-éditeur. Fabienne Vonier, productrice-distributrice. Emmanuel Wallon, sociologue. Catherine Weinzaepflen, écrivain.

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Signez et faites signer cet appel sur le site : http://www.appel22avril.net

Posté par civis à 15:49 - Pour Ségolène Royal - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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