23 février 2007
Au lecteurs
Devant me déplacer, et sauf hot spots providentiels, je ne suis pas certain de pouvoir alimenter ce blog pendant quelques jours. Patience, je reviendrai vite. En attendant, n’écoutez pas trop les médias, sauf Les Guignols, Marianne et le Canard, qui sauvent l’honneur de la presse française ! (Si vous êtes polyglottes, vous pouvez aussi consulter utilement la presse étrangère...) Vous pouvez aussi en profiter pour consulter les archives (93 messages). A bientôt.
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Sondages
C’est tout de même curieux. Depuis qu’après la prestation de Ségolène sur TF1, les intentions de vote au premier tour en sa faveur ont enregistrées une remontée spectaculaire, on n’entend plus parler de sondage dans les médias.
Après une tentative avortée de nous faire passer pour nouveau un sondage réalisé avant l’émission, on s’est mis soudainement à s’interroger sur leur « confusion » (Le Monde). Et puis silence radio. Qu’on ne me fasse pas croire que d'autres sondages n'ont pas été réalisés. Les résultats en seraient-ils à ce point favorables à notre candidate, qu’on aurait choisi de les taire ? Je n’ose l’imaginer !
Pétition gazettière
Apprenant que des journalistes de l’audio-visuel venaient de lancer une pétition, je me suis réjoui de cette bonne nouvelle et me suis précipité sur le site à seule fin de signer. Las, devinerez-vous ce qui soulevait l’indignation de nos valeureux reporters ? Non point, comme vous l’imaginez, la campagne de dénigrement systématique de notre candidate. Vous n’y êtes pas du tout. Non, ce qui provoque leur courroux, c’est tout d’abord la mauvaise répartition du temps de parole entre les candidats. Ah bon ? Mais oui, vous savez bien : la bipolarisation de la campagne, ce pauvre Bayrou qu’on entend pas, tous ces petits candidats défavorisés. Oubliant au passage que si les médias parlent en effet surtout de Ségolène et de Sarkozy, c’est tout de même pour moquer la première et louer le second. Mais ce n’est pas tout. Ce qui pousse l’ indignation de nos vertueux gazettiers à son paroxysme, vous ne devinerez jamais, et bien c’est qu’on ait quasiment renoncé au bon vieux débat à l’ancienne, et, comble d’impudence, qu’on ait osé remplacer des journalistes « professionnels » par de simple citoyens. Rendez-vous compte, par une telle vilénie, on tente quasiment de délocaliser une profession de vrais spécialistes blanchis sous le harnais. Et la faute à qui, je vous le demande ? Et bien évidemment à celle qui a eu cette idée saugrenue de rendre la parole aux citoyens, avec ses débats participatifs qui envahissent désormais jusqu’aux plateaux de tv !
Les médias jusqu'à la nausée
On insiste trop à mon goût sur la partialité de TF1, en laissant croire que les chaînes du service public s’acquittent de leur mission. Ce qui est loin d’être vrai. Au point même que je ne vois guère de différence entre l’une et les autres, quand il s’agit de tordre l’information toujours dans le même sens. A ce jeu-là, deux journalistes parmi beaucoup d’autres se signalent à notre attention par leur zèle particulier. Marie Drucker sur FR3 et Françoise Laborde sur FR2. S’agissant de Marie Drucker, est-il besoin de rappeler le jour où elle s’est fait rappeler à l’ordre par l’Ambassadeur d’Israël pour lui avoir demandé : « Pensez-vous que Ségolène Royal est opportuniste ? », quand ce dernier venait de déclarer qu’elle avait « saisi l’opportunité de son voyage au Moyen-Orient pour, etc. »
Aujourd’hui, Françoise Laborde, autre habituée de ce genre de commentaires déplacés, avait invité Philippe Tesson et Olivier Duhamel pour débattre de « l’équipe du pacte présidentielle ». Bien sûr, comme d’habitude sur tous les plateaux qu’il fréquente, Tesson a pu s’exprimer trois ou quatre fois plus longtemps que son contradicteur et s’est employé à l’interrompre à tout moment. A cela nous nous sommes malheureusement habitués depuis longtemps et sur toutes les chaînes. Mais cela n’est finalement rien à côté de l’intervention dans le débat de Françoise Laborde elle-même, qui, jugeant Tesson insuffisamment critique à l’égard de Ségolène, lui a d’abord reproché ce manque d’agressivité, et du coup s’est substitué à lui pour décocher le plus grand nombre de petites phrases acerbes destinées à désamorcer l’impression positive qui se dégageait des commentaires convergents de ses deux invités.
Deux exemples parmi des milliers depuis le début de cette campagne indigne.
En avant les éléphants (chanson)
J’ai assez reproché aux éléphants d’avoir initialisé le procès en incompétence de Ségolène, abondamment repris par la droite et désormais relayé par l’ensemble des médias, pour que ne me réjouisse que modérément de leur retour sur scène. Et pourtant cela ne me gène pas trop. Tout compte fait, Ségolène a bien fait et l’a fait au bon moment, quand elle retrouve la faveur des sondages, devenus de ce fait extrêmement confidentiels. Mieux vaut des éléphants qui barrissent à l’unisson qu’en ordre dispersé et de manière incontrôlable. Et réjouissons-nous de voir la famille réunie, même si nous n’oublierons rien.
22 février 2007
Ségolène Royal, la madone qui dérange, par Nicole Avril
Je crois utile de donner à lire l'intégralité du superbe article de Nicole Avril, paru dans Le Monde daté d'aujourd'hui, qui nous donne une fascinante leçon de ce que peut être l'indépendance d'une femme libre. Merci Madame Avril.
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"L'opposant viscéral à François Mitterrand se signalait d'emblée par sa manière d'élider le "e" de son nom : "Mitt'rand". Ceux dont la survenue de Ségolène Royal a bousculé les habitudes de penser et les catégories grammaticales la traitent volontiers de madone. Il va sans dire que, dans leur bouche, cette madone ne renvoie guère à Giovanni Bellini, encore moins à Raphaël. La dénomination s'est changée en insulte. Il y a aussi des variantes régionales. Dans ce jeu de massacre à tir tendu, on peut à volonté la caparaçonner en Jeanne d'Arc, la Lorraine, ou l'affubler en Bécassine, la Bretonne.
Mais c'est la madone qui revient le plus souvent, son beau visage semblant exciter chez ses détracteurs une angoisse de castration. On voudrait voir Ségolène Royal incarner le bon vieux conformisme catholique. Jusqu'à son prénom dont on lui fait grief. Est-on responsable de son prénom ? Elle aurait raccourci le sien, la Marie-Ségolène des origines, pour avancer masquée et mieux dissimuler son passé d'enfant de Marie. Surprenante madone en effet, qui permit la distribution aux mineures, et sans autorisation parentale, de la pilule du lendemain.
Etrange madone, qui refuse dans son pacte présidentiel toute remise en cause de la loi de 1905 sur la séparation des Eglises et de l'Etat, et demande qu'on intègre à la Constitution une charte de la laïcité. Efficace madone, qui préfère prévenir que guérir. Des dispensaires dans les zones rurales, des soins gratuits pour les jeunes dont les parents n'ont pas de mutuelle, la contraception gratuite pour les jeunes femmes et la négociation de toute réforme sociale grâce à un syndicalisme au financement transparent et plus largement représentatif.
On disait, Ségolène Royal n'a aucune idée et elle a mis en place ces débats participatifs pour retarder l'échéance ou pour tenter de trouver chez les autres les idées qui lui font défaut. Depuis le 11 février, des idées, elle en a, trop, de plus elles coûteraient trop cher. Au moment où Ségolène Royal révèle les quelque cent propositions de son pacte présidentiel, nous découvrons le niveau très médiocre de notre commerce extérieur et une croissance qui, avec son maigre 2 %, ne tient pas ses promesses. Ces mauvais chiffres, on ne va pas en rendre responsable le gouvernement en place, ce serait un peu court et simpliste.
On a été tenté de se défausser en évoquant le prix du pétrole et la lourdeur de l'euro. Comme si les Allemands, dont les chiffres sont bien meilleurs que les nôtres, jouissaient d'un euro plus favorable et d'un pétrole moins cher. On s'est bien gardé d'établir une comparaison avec les chiffres obtenus quelques années plus tôt par le gouvernement de Lionel Jospin. Comparaison, surtout si elle tourne à votre désavantage, n'est pas raison ! La parade en revanche n'a pas tardé.
Il fallut admettre qu'une croissance à 2 %, ce n'était pas brillant. Mais précisément, après un si piètre résultat, dites-moi comment Ségolène Royal avec ses cent propositions pourrait-elle s'en tirer ? Appréciez l'astuce. On s'appuie sur les mauvais chiffres présents pour démolir l'avenir. Le démineur a toujours tort. Ne prend-il pas des risques inconsidérés pour sécuriser un espace laissé par d'autres en trop mauvais état ?
La candidature de Ségolène Royal à la présidentielle était déjà inscrite dans son triomphe aux élections régionales. La presse nationale n'avait presque pas parlé de la campagne qu'elle menait en silence sur ses terres du Poitou-Charentes. Je le connais ce pays-là, il est le mien. J'ai du côté de La Rochelle des attaches d'enfance et j'ai goûté mes premières huîtres avec mes premiers biberons. Je sais que ce pays ne se livre pas aisément, qu'il garde le secret de sa beauté, qu'il ne se jette jamais à la figure des gens. Ségolène Royal l'a conquis de haute lutte. Il n'est pas un village ni un hameau, il n'est pas une école, une ferme ou une entreprise qu'elle n'ait un jour visité.
Elle a labouré à l'ancienne son terrain, comme Jacques Chirac et François Hollande en Corrèze, comme François Mitterrand dans la Nièvre. Mais, quand elle a été élue, il m'est apparu qu'elle irait plus loin encore. Elle semblait à la fois croire à son projet et avoir la volonté de le réaliser grâce à une méthode pragmatique et originale, de plus elle était portée par une revigorante ambition. Certes, on ne leur a pas facilité la tâche, c'est peu de le dire, mais les femmes ont longtemps péché par manque d'ambition et plus particulièrement par manque d'ambition politique.
Elle n'eut pas d'autre choix pour s'imposer aux caciques du Parti socialiste que de contourner le parti en empruntant la double voie de la région et de l'opinion. Il fallait l'arracher, la candidature à l'élection présidentielle. Une femme reste une femme aux yeux de ses pairs. Elle a pourtant gagné à la loyale. Revigorés eux aussi par de nombreuses et nouvelles adhésions, les militants ont tranché. On aurait tort de se lamenter et de répéter à l'envi que le niveau baisse. Le débat politique a retrouvé quelques couleurs et les citoyens ont de nouveau le goût de la dispute. Ni la candidate ni même les candidats ne laissent indifférents. C'est déjà ça.
Il y a du côté de Ségolène Royal et de son équipe un projet, encore inachevé, qui surprend parce qu'il privilégie l'action dans la durée et les réformes en profondeur. Elle veut éviter à la France de mourir d'une thrombose. Pour mieux irriguer l'ensemble de ses territoires, il est nécessaire de décentraliser vraiment avec transfert des moyens et des compétences, de donner une autonomie aux universités, de renforcer le tissu des petites et moyennes entreprises par la défiscalisation de leurs bénéfices réinvestis, de réinscrire la France au centre de l'Europe, de revitaliser les cités asphyxiées par le chômage et la drogue, par le mépris et la violence, de faire de l'éducation et de la recherche les deux piliers de l'avenir.
Elle dérange. Mais, têtue comme elle est, elle tiendra ses promesses. Oui, il y a un élan et une cohérence dans le projet de Ségolène Royal. Ce n'est ni le grand soir ni la grande illusion. C'est la volonté opiniâtre de remettre peu à peu chacun dans le jeu collectif quels que soient son origine sociale ou son sexe. De plus, les débats participatifs, la longueur et l'intensité de la campagne électorale, la rapidité (et la brutalité) des échanges sur Internet, permettent de libérer des forces qui seront précieuses au moment de passer à la réalisation des propositions. Faisons le pari que ce moment viendra."
Nicole Avril est écrivaine.
21 février 2007
Pour en finir avec M. Besson
« Sans les attaques personnelles dont j'ai été victime de la part de certains de ceux qui jouent un rôle majeur dans cette campagne auprès de la candidate et, en dépit de mon analyse (de la situation au PS, NDLR), je serais revenu. Mais (...) le combat politique n'autorise pas tout, surtout dans son propre parti », a déclaré Eric Besson pour expliquer son comportement.
Que ne s’est-il indigné durant la campagne interne et depuis lors des attaques personnelles dont Ségolène Royal a été victime de la part des amis jospiniens de M. Besson ! Notons que placée sous le feu de critiques autrement plus violentes, elle a su, quant à elle, faire front et résister avec courage…
A Daniel Cohn-Bendit
J’ai toujours eu beaucoup de tendresse pour Cohn-Bendit, qui a su incarner à lui seul la magie d’une époque, laquelle, avec le 10 mai 1981, n’est pas sans ressembler avec ce que nous vivons en ce moment. Et même, s’il a beaucoup évolué politiquement, il a su reconnaître très tôt dans un très bel article écrit avec son frère Gabriel tout le mérite de la démarche de Ségolène. Il n’en reste pas moins qu’à mon sens il se trompe en préconisant maintenant un rassemblement avec le centre.
En même temps, sa position est cohérente avec son engagement européen en faveur du oui. Cependant, il faut qu’il comprenne qu’une majorité d’électeurs de gauche a voté contre le traité constitutionnel, non pour de mauvaises raisons, par une espèce de frilosité ou de repli sur soi, mais pour de bonnes raisons, c’est-à-dire pour une Europe sociale.
Ségolène l’a bien compris, comme elle a bien compris le rejet de la politique de Jospin. C’est pourquoi, il me parait indispensable qu’elle affiche clairement sa singularité, qui se trouve être en harmonie avec le peuple de France. Et si, ultérieurement, certains centristes se sentent prêts à se détacher de la droite, pour tenter un bout de chemin avec la gauche, je n’y vois pas d’inconvénient, à condition qu’ils s’affranchissent du dogme qui tend à nous faire croire que le marché est tout puissant et qu’il faut en accepter la fatalité.
Ce n'est pas un hasard !
On nous prend pour des imbéciles. Les deux interventions de M. Besson dans le débat public interviennent, l’une, sa démission après le discours de Villepinte, l’autre (sa conférence de presse) après l’émission de TF1, c’est-à-dire, à chaque fois, précisément au moment où la qualité et surtout la visibilité (à travers le rideau de fumée médiatique) de ces deux interventions majeures de Ségolène Royal lui permettent de reprendre la main avec brio.
Comme disait jadis nos amis gauchistes (passés depuis au sarkozysme) : ce n’est pas un hasard ! Si nos trois compères Jospin, Fabius et DSK (cités par Besson comme étant les seuls hommes d’Etat du PS) soutiennent effectivement notre candidate comme ils le prétendent (au demeurant fort discrètement), il leur appartient sans tarder de dénoncer cette manœuvre grossière et d’apporter enfin leur soutien actif à cette campagne, comme le font Jack Lang, Jean-Pierre Chevènement et Christiane Taubira. Ou bien qu’ils se retirent et rejoignent clairement Bayrou, au moins pour deux d’entre eux. Le choix n’a jamais été plus clair entre le candidat d’un atlantisme libéral, celui d’un européanisme libéral et notre candidate qui porte les valeurs d’un européanisme social, ancrées dans l’histoire de notre spécificité.
L'espoir poignardé dans le dos
Je suis très en colère, révolté par la conférence de presse de M. Besson. Qui connaissait en effet M. Besson ? Mais aujourd’hui, nous savons enfin qui est M. Besson, puisque aujourd’hui il entre dans l’histoire et rejoint la cohorte de ceux qui s’imaginent changer le cours de l’histoire, en poignardant l’espoir dans le dos.
M. Besson n’a toujours pas compris pourquoi Jospin a perdu en 2002. Comme beaucoup de ses homologues arrogants et prétentieux, il en rend responsable les candidatures multiples notamment celles de Chevènement et Taubira. Et M. Besson se trompe. Les Français ne voulaient pas de Jospin, parce qu’ils ne voulaient PLUS de Jospin, parce qu’ils vomissaient la politique menée par Jospin pendant cinq ans, celle-là même que voudraient nous imposer à nouveau aujourd’hui nos prétendues élites technocratiques, ceux qui savent ce qui est bien pour nous.
Vous vous plaignez du manque de technicité de l’équipe de campagne ? Vous vous trompez d’exercice, M. Besson. Une équipe de campagne n’est pas un gouvernement, ni un cabinet ministériel. C’est un outil politique, pas un outil technique. Parce que ce qui importe dans une campagne, c’est avant tout la politique, le choix politique, la volonté politique et non je ne sais quelle dictat des chiffres qui n’est qu’un avatar de la sempiternelle loi du marché.